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Autour de mes publications

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25 août 2026

"Le diable au corps" de Raymond Radiguet

Cette fois encore, je ne vais pas étudier le témoignage d’un poilu mais plutôt le roman d’un lycéen qui, en pleine guerre, noue une relation avec la fiancée d’un poilu. Vous aurez reconnu la trame de Le diable au corps de Raymond Radiguet paru chez Grasset en 1923, l’année même de sa mort, et dont l’adaptation au cinéma en 1947 par Claude Autant-Lara, avec Micheline Presle et Gérard Philippe, est magistrale.


Mon exemplaire est l'édition parue chez Librio en 2002.


Dans le roman, le narrateur n'a pas de prénom – c'est François dans le film , et la jeune femme, âgée de 17 ans en avril 1917, répond au nom de Marthe Grangier. Quant au fiancé, il se nomme Jacques Lacombe.

Il semblerait qu’avril 1917 soit aussi la date de la rencontre entre Raymond Radiguet et Alice Saunier, une institutrice née en décembre 1893 et décédée en 1952. Elle a donc dix ans de plus que celui à qui elle donne des cours. De santé fragile, c'est le docteur qui la soignait qui l'avait mise en relation avec le dessinateur Maurice Radiguet, père de Raymond. Les futurs amants se rencontrèrent fortuitement dans un train, le père présentant à son fils celle qui allait lui donner des cours privés, et pas que de français !
En avril 1917, Raymond Radiguet n’a pas encore 14 ans – il est né en juin 1903 , et Alice en a déjà 23 ans.


Son fiancé, qu’elle comptait sans doute épouser au retour du front – mariage qui se réalisera durant une permission en octobre 1917 , est un soldat de la classe 15, engagé volontaire au 151e RI en octobre 1914. Il se nomme Gaston Louis Serrier, né à Nancy en 1895, et habite la capitale.
Il sera affecté au 264e RI en juin 1915 et passera caporal en septembre de la même année.

Son registre matricule, conservé aux archives de Paris, révèle plusieurs professions :
Dessinateur
– les aquarelles seront étonnamment l’objet de la rencontre entre Marthe et le héros au début du roman (p. 19), puis entre lui et Jacques, après la mort de Marthe à la toute fin du livre (p. 96)  ; le métier, barré sur sa fiche, d'artiste verrier ; instituteur auxiliaire et instituteur public. On l'a vu, Alice est elle-même institutrice. Se sont-ils connus dans l'école où ils enseignaient ?


p. 9, "Nous habitions à F…, au bord de la Marne" : les historiens s'accordent pour voir en F.. la ville de Saint-Maur-des-Fossés, ville de naissance de l'auteur

p. 32, "Marthe habitait J… ; sa rue descendait jusqu’à la Marne" : J... est Joinville-le-Pont à moins de trois kilomètres de Saint-Maur. Notons toutefois que sur son acte de mariage de 1917, Alice Saunier déclare habiter Saint-Maur-des-Fossés, qui est aussi sa ville natale.

Après la guerre, Gaston Serrier est mis au courant des bruits qui courent mais refuse d'y croire dans un premier temps. Ses doutes réapparaissent puis se confirment en 1923, à la sortie du livre. En Marthe, il reconnaît sa femme Alice, mais elle nie.
Les années passent, mais en 1947, à la sortie du film, les commérages reprennent.
Alice Saunier meurt en octobre 1952, jurant à son mari sur son lit de mort n'avoir rien à se reprocher. Quelques mois plus tard, Gaston Serrier sollicite Roland Dorgelès afin de l'aider à "honorer la mémoire de celle dont on a voulu faire l'héroïne de ce roman"

 

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10 août 2026

"Clavel soldat" de Léon Werth

Nous avions laissé Léon Werth dans Caserne 1900, sous les traits du conscrit Georges Court, incorporé au 133e RI lors de son service militaire. Le voici sous les traits du soldat André Clavel mobilisé au 111e RIT mais volontaire pour le front qu’il rejoint en septembre 1914, puis incorporé à la 18e Cie du 252e RI, le régiment de réserve du 52e RI. Ce régiment, sa réserve et le 111e RIT casernaient à Montélimar.


Réformé en juin 1916, Léon Werth a rapporté dans Clavel soldat, publié aux éditions Albin Michel en mai 1919, son expérience du front jusqu’à sa première permission en août 1915, même s’il évoquera la journée du 24 septembre 1915.


Le JMO n'étant pas très loquace, il n’a pas été d’un grand secours. 
La pagination suit l’édition de 1919.

 

p. 67, Clavel arrive avec un renfort : Norton Cru estime que Léon Werth (alias André Clavel) est arrivé avec un renfort vers le 10-15 septembre. Le JMO n’indique rien à ce sujet.

p. 74-75, le régiment passe par Velaines et Cercueil : le 252e RI y était dès le 31 août et le 4 septembre.

p. 81, un caporal tué : deux caporaux le sont le 8 septembre dans la forêt de Champenoux : Florentin Pourtier et Jules Wangler.

p. 86, il fait la connaissance de son futur camarade Vernay : il s’agit de Joseph Lucien BERTRAND (1884-1972), qui restera son ami après la guerre. 


p. 88-90, Clavel nous présente ses camarades : il est bien souvent impossible de savoir qui se cache derrière ces noms d’emprunt. C’est toujours plus facile pour les officiers, ou éventuellement des soldats MPF si la chronologie ou le grade sont respectés

p. 91, adjudant Corbini, sous-lieutenant depuis deux jours : l’adjudant-chef Jean Santini commande la 2e section de la 18e Cie. Nommé sous-lieutenant le 5 septembre 1914. Faut-il prendre les deux jours au pied de la lettre ? Auquel cas l’action se situerait le 7 septembre, date bien antérieure à la prétendue arrivée de Werth/Clavel au front. Nommé capitaine par la suite, Santini sera tué en 1918.

p. 93-94, article dans l’Écho de Paris : article paru le 17 septembre 1914


p. 96, lieutenant de Machard-Pasquier : dans le roman, il est très grand et il est âgé de 25 ans. C’est le sous-lieutenant Pierre de Gailhard-Bancel (1888-1914). Âgé de 25 ans, il mesurait 1 m 81. Il dirigeait une section de la 19e Cie, avant de prendre le commandement de la compagnie.


p. 96, son frère, jésuite, est sergent dans une autre compagnie : de la compagnie de Jésus, sergent depuis 1907, André de Gailhard-Bancel (1887-1914) sera nommé sous-lieutenant le 4 octobre 1914.


p. 97, le lieutenant Tachenard : peut-être le sous-lieutenant Auguste Doladille (1889-1914), de la 19e Cie.


p. 98, médecin Givet (major à deux galons) : deux galons équivalent à un médecin aide major (MAM) de 1ère classe. Il s’agit vraisemblablement de Gilbert François Pignet, MAM de 1ère classe au 5e bataillon, celui de Léon Werth.

p. 103, Clavel, 2e escouade, 18e Cie : affectation correcte pour Léon Werth.

p. 108, sous-lieutenant Didier, tué : vraisemblablement le sous-lieutenant Joseph Paul Hild (22e Cie), mort le 18 octobre 1914 des suites de blessures reçues le 28 septembre. Il est le seul lieutenant (sous-lieutenant et lieutenant) mort en octobre.

p. 117, le commandant est tué : le chef de bataillon Maurice Rode, commandant le 5e bataillon, fut tué le 15 octobre 1914. Werth écrit qu’il le fut accidentellement par une sentinelle.

p. 124, cantonnement à Mandres-aux-quatre-tours : le régiment y cantonne depuis la fin septembre.

p. 126, arrivée d’un nouveau sous-lieutenant à la section : le JMO ne donne pas son nom, mais il s’agit vraisemblablement de Sciprien Ferréol, nommé sous-lieutenant le 29 octobre. On le compte dans l’encadrement de la 18e Cie en décembre 1914. Capitaine à titre temporaire en septembre 1917, il sera tué en mai 1918.

p. 127, le lieutenant porte-drapeau : l’officier porte-drapeau est alors le capitaine Alphonse Jean Tournaire (1872-1950), nommé à ce grade et à cette fonction le 7 août 1914. Il prendra bientôt la tête du 6e bataillon.

p. 133, le médecin Thorel (major à trois galons) : c’est le médecin major de 2e classe Aimé Charles Gillouin (1882-1922), chef de service.

p. 138, le colonel, ancien marsouin : le colonel René Ernest Le Rouvillois, ancien du 22e RIC. Il quittera le régiment le 19 décembre 1914. 


p. 148-149, le commandant Legal : au 5e bataillon, le Marseillais Léon Pierre Rolet remplace le commandant Rode, tué le 15 octobre 1914.

p. 158-159, un lieutenant de la 17e Cie, tué : Louis Georges Debauge, tué le 12 décembre 1914.
 

p. 159, commandant Legal, tué : le chef de bataillon Léon Rolet est tué le 12 décembre 1914. 


p. 159, lieutenant de Machard-Pasquier, tué : Pierre de Gailhard-Bancel, tué le 12 décembre 1914, commandait la 19e Cie. Le même jour sera tué son frère aîné André, commandant une section dans la même compagnie. 


p. 167, Vernay agent de liaison, et Clavel, téléphoniste : Joseph BERTRAND alias Vernay passe à la liaison du nouveau commandant tandis que Clavel/Werth passe à la CHR, en février pour celui-ci selon Norton Cru. Ces deux mutations ne sont pas inscrites sur leur registre matricule respectif.

p. 177, le régiment de son frère : Louis Werth combat au sein du 157e RI (réformé le 25 avril 1916)

p. 187, suicide d’un territorial : non identifié.

p. 188, major Givet, blessé : le MAM de 1ère classe Gilbert Pignet a été blessé durant les combats des 12 et 13 décembre 1914.

p. 190-191, lieutenant Marais, porte-drapeau, fils d’un grand industriel : il s’agit d’André Paul Daher (1891-1974, ci-dessous entre les deux guerres), futur homme politique. Son père était un armateur et négociant marseillais.


p. 193, un capitaine commande le bataillon : le capitaine Augustin Bonifas (1868-1940), qui commande la 24e Cie, prend provisoirement la tête du 5e bataillon à la mort du commandant Rolet (Legal dans le roman).

p. 205-206, dégradation militaire : si la chronologie du récit est exacte, cette dégradation eut lieu entre la mi-décembre 1914 et la mi-janvier 1915. Le JMO n’en parle pas.

p. 233, un capitaine décoré : le 22 janvier 1915, le capitaine Charles Boston, qui commandait la 19e Cie à la mobilisation, est fait chevalier de la Légion d’honneur

p. 234, le général commandant le corps d’armée : le général Gaston Delétoille (1856-1938) commande le 31e corps d’armée.

p. 237, médecin major Thorel et major à 2 galons remplaçant Givet : on a vu que le médecin major Thorel se nomme en réalité Gillouin. Le médecin aide-major de 2e cl Guyot remplace Pignet au 5e bataillon.

p. 239 : lors d’une relève, 8 morts et 19 blessés du régiment par l’artillerie française : le JMO ne dit rien de tel explicitement, mais il est possible que Werth fasse allusion à la journée du 13 décembre 1914 où le régiment eut à subir un violent bombardement. 


p. 246, commandant Bersac, remplaçant de Legal : commandant Jean Antoine Pradal nommé chef de bataillon au 252e RI le 22 février 1915.

p. 268, le général de brigade : à ce moment du récit, la 128e brigade (64e division) est commandée par le colonel Petitjean (ci-dessous en civil), qui sera évacué pour cause de maladie le 6 mars 1915. Le colonel ALEXANDRE en prendra le commandement le 11 mars.


p. 270, lieutenant mitrailleur ex dragons : le sous-lieutenant Amour Marie Joseph de Bouillé, commandant la compagnie de mitrailleuses constituée le 1er mars 1915, venait en réalité des cuirassiers. Il mourra capitaine en 1918.

p. 274, la prise de Prezmysl : elle eut lieu le 22 mars 1915.

p. 282-283, Clavel fait la connaissance du sous-lieutenant Gallix, notaire dans le civil : non identifié.

p. 283, Bersac commande le 5e bataillon : le commandant Pradal, croisé précédemment.

p. 290 : en avril, un obus tombe près du colonel : rien de tel dans le JMO.

p. 291, onze ou douze blessés à la 21e Cie : Clavel ne sait plus le nombre exact. Rien de similaire n’est indiqué dans le JMO.

p. 295, sous-lieutenant de la 18e Cie, ancien sergent rengagé : peut-être Claude Jean Reversat (1893-1955)

p. 302, trois Allemands se rendent : le JMO rapporte cette reddition dans la nuit du 5 au 6 mai 1915. 


p. 314-316, les lieutenants Botard et Mitet : on fait la connaissance du sous-lieutenant Botard, à ce grade depuis 1 mois, nommé par son chef d’une autre compagnie, le lieutenant Mitet. Mais pour l’un comme pour l’autre, je n’ai pu savoir qui ils sont.

p. 323, commandant tué par un guetteur affolé : rappel des circonstances de la mort du chef de bataillon Rode.

p. 338, renfort de 170 hommes : le JMO ne l’indique pas.

p. 341, deux Polonais se sont rendus (ils voulaient initialement se rendre le 5 mai) : deux Allemands, et non deux Polonais, se sont rendus dans la nuit du 14 au 15 juin 1915. Un Polonais se rendra dans la nuit du 11 au 12 août.


p. 343, le sous-lieutenant Gallix est blessé : quel officier se cache sous les traits du lieutenant Gallix ? Je n’ai pas pu l’identifier.

p. 352, le commandant devenu lieutenant-colonel à la place du colonel : évocation du commandant Frachon, chef du 6e bataillon, qui remplacera le colonel Le Rouvillois en décembre 1914 comme chef de corps. Frachon sera nommé lieutenant-colonel le 4 janvier 1915.


p. 361 et 367 deux soldats sont fusillés : à quelques jours d’intervalle deux soldats (le soldat P. et un inconnu) d’un même régiment colonial sont fusillés. Date indéterminée (printemps 1915 visiblement), patronymes et unité non identifiés.

p. 372, le commandant Gribouille : Henri de Brye de Vertamy (1874-1915), chef du 5e bataillon. Il mourra des suites de blessures en novembre 1915. 


p. 372-373, lieutenant Lamaux : une coquille d’impression (p. 372) le met à la tête de la 21e Cie, alors qu’il commande la 20e, comme indiqué page 373. Clavel nous dit que c’est un industriel « court, roux », surnommé « 420 » par ses hommes (p. 372), nommé capitaine (p. 373). Dans la vie, cet officier se nomme Charles Frédéric Amos (1869-1948), lieutenant faisant fonction de trésorier au 41e RIT de Nancy. Son registre matricule confirme sa profession d’industriel, sa courte taille (1 m 55) et ses cheveux roux. Il sera nommé capitaine le 27 mai 1915.  

p. 377, ordre du jour sur une unité défaillante : "le drapeau dudit régiment défaillant sera remis à une autre unité" : allusion à la mésaventure survenue au 8e RI dont le drapeau fut confisqué durant quelques jours en mai 1915 après l'échec d'une attaque au bois d'Ailly.

p. 378, deux officiers promus officiers de la Légion d’honneur : dans Clavel soldat ce sont le lieutenant-colonel et le capitaine Denaux. Dans la réalité, il s’agit du lieutenant-colonel Marie Salomon Frachon (1865-1931) et du capitaine Jules Martial Delon, commandant la 17e Cie. Tous deux promus le 13 juillet 1915 et décorés le 26 juillet par le général commandant la 64e division.

p. 382, Vernay est évacué : BERTRAND, alias Vernay, est évacué pour courbature le 29 juin 1915.

p. 383, Barrès dans l’Écho de Paris : l’article de Maurice Barrès fut publié le 1er juillet 1915.

p. 387, rapport du 29 juin 1915 à propos de fraternisations : rien dans le JMO.

p. 392, rapport sur le mauvais maniement des armes : possiblement inventé.

p. 402, journal Le Matin : Clavel cite un article du Matin reprenant un papier du Berliner Tageblatt. Je n’ai pas trouvé cet article.

p. 410, accident de grenade : lors d’un exercice de grenade, le lieutenant Figeac est tué, deux officiers (commandant Benin et capitaine Lamaux, surnommé 420), et 4 hommes sont blessés. C’est un fait réel, qui eut lieu le 29 juillet. Toutefois, dans la réalité, ce ne sont pas trois officiers et quatre soldats, mais le contraire. Les officiers sont le sous-lieutenant Reynaud (alias Figeac) tué ; le chef de bataillon de Brye (Benin), le capitaine Amos (Lamaux, commandant la 20e Cie), le sous-lieutenant Charretier, de la 20e Cie, le caporal Tabardel (17e Cie), et les soldats Duplat et Ronat.


p. 412, un jeune soldat, classe 1918, évacué pour fièvre typhoïde : non identifié

p. 413, 24 septembre 1915, adjudant Ursin : blessé et ramené dans ses lignes sur les épaules d’un soldat, Clavel raconte que cet adjudant fut décoré mais pas son sauveur. Rien de tel n’est transcrit dans le Journal des Marches.

p. 415, sous-lieutenants Beaumont et Sarrat, de la CHR : officiers non identifiés.


Ce n’est pas parce que certains faits ne se retrouvent pas le JMO qu’ils n’ont pas existés. Pour autant, je n’oublie pas que certains faits sont possiblement romancés.

 

25 juillet 2026

La classe VII de Norton Cru : les témoignages « indignes »

Faisons une pause de quinze jours dans notre étude des témoignages – après tout ce sont les vacances – et penchons-nous sur cette « classe vii » que j’annonce en titre.


On sait que Jean Norton Cru a classé les témoins par ordre de valeur : six classes numérotées de i à vi. La classe i désigne un excellent témoignage, tandis que la classe vi regroupe ceux dont la valeur documentaire est pratiquement nulle.


Ce que l’on sait moins, ou que l’on oublie, c’est que Cru a décidé, au dernier moment, de retirer de la classe vi les analyses de sept témoignages écrits par six auteurs (4 auteurs de souvenirs et 2 de romans), œuvres qu’il jugeait « indignes » de figurer même au plus bas de son échelle de valeur. Des témoignages pires que nuls ? Je propose donc de présenter mais non d'analyser ces exclus dans une nouvelle catégorie : la classe vii,  celle des témoignages indignes.

 

C. H. A. ANDRÉ, Au-dessus des batailles. Carnet de guerre d’un aviateur, Fayard, 1917, [5]-316 p.
C. H. A. ANDRÉ est le pseudonyme d’André Albret, inconnu par ailleurs. Quel âge avait-il au moment de la mobilisation ? À quoi ressemblait-il ? Quelle était son escadrille ? Autant de questions qui restent pour l’heure sans réponses. On peut télécharger son livre ici
Au-dessus des batailles a été traduit en anglais et publié en 1919 aux États-Unis sous le titre Above the battles.





Daniel BERTRAND de Laflotte, Dans les Flandres. Notes d’un volontaire de la Croix-Rouge, 1914-1915, préface du bâtonnier Henri ROBERT, Bloud & Gay, 1916,  [7]-284 p.
Ayant servi sous les drapeaux entre 1883 et 1884 au sein du 31e RI, Daniel BERTRAND de Laflotte (1864-1933), avocat à la cour d’appel de Paris, est âgé de 50 ans à la mobilisation ; il est donc dégagé de toutes obligations militaires. Il s’engage toutefois dans l’armée belge comme volontaire dans les autos-sanitaires et recevra la croix de guerre pour une citation à l’ordre du régiment : 

« Daniel BERTRAND de Laflotte, avocat à la cour d’appel. (Citation à l'ordre de la mission militaire fran­çaise auprès de l’armée belge) : Étant dégagé de toute obligation militaire, est venu, en 1914, pendant la bataille de l’Yser, offrir à l’armée belge ses services comme infirmier volontaire. A fait honneur à sa pa­trie en poursuivant avec entrain et bonne humeur cette mission de dé­vouement pendant dix mois, dans des circonstances difficiles et souvent dangereuses, notamment à la gare de Furnes, soumise à de violents bombardements. »


L'ouvrage avait fait l'objet d'une prépublication dans la revue bimensuelle Le Correspondant entre avril et juillet 1916. Le voici (120 pages en pdf de 5, 67 Mo) à télécharger ici.


 


Maurice Gauchez, De la Meuse à l’Yser, ce que j’ai vu, Fayard, 1915, [7]-254 p.
Né Maurice GILLES en juillet 1884, Maurice Gauchez est Belge et il est le premier à avoir fait paraître son témoignage. Norton Cru, qui juge son récit insincère, date de mars 1915 la sortie de De la Meuse à l’Yser chez Fayard.


À défaut de registre matricule puisque non Français, on ne sait pas grand-chose de son parcours durant la guerre. Aux premiers jours du conflit, il s’engage dans l’armée belge comme éclaireur dans les autos-canons. Fait prisonnier, il s’évade et prend part à la bataille de l'Yser. Au cours de la guerre, il sera blessé et gazé. Maurice Gauchez est mort en novembre 1957.   





Stéphane Lauzanne, Feuilles de route d’un mobilisé, Payot, 1916, [9]-264 p.
Étudiant en droit lorsqu'il part faire son service militaire, Stéphane Lauzanne (1874-1958) sert au 51e RI entre 1895 et 1896. Il en sort caporal avec un certificat de bonne conduite.
Avant-guerre, il est le rédacteur en chef du Matin.
Nommé sous-lieutenant de réserve quinze jours avant le déclenchement des hostilités, il rejoint le 31e RIT d’Alençon, affecté au camp retranché de Paris, avant de rejoindre la région fortifiée de Verdun en mai 1915.


C’est dans son quotidien que, dès le 18 août 1914, il publiera en feuilleton une partie de ce qui deviendra en 1916 ses Feuilles de route d’un mobiliséCertains articles ne seront toutefois pas repris en volume. 
Sans suite logique, chaque chapitre du livre est indépendant des autres. Ainsi, le chapitre viii « Fermez vos lucarnes » est-il paru dans Le Matin après les chapitres ix et xi.
Le 20 août 1914, son article « Les Anglais », évoquant les Britanniques à Dunkerque, devient « Les Anglais à Rouen » dans son livre, et la statue de Jeanne d’Arc a remplacé celle de Jean Bart.
Des six auteurs de cette classe vii, c’est Lauzanne qui a le plus de mentions dans Témoins.





Docteur Lucien-Graux, Le mouton rouge. Contes de guerre, L’Édition française illustrée, 1918, [VI]-306 p.
et
Docteur Lucien-Graux, Les yeux du mort, Les Éditions G. Crès & Cie, 1919, 282 p.

Né à Paris le 4 avril 1878, Lucien Désiré Graux est étudiant en médecine lorsqu’il effectue son service militaire au 74e RI entre novembre 1899 et septembre 1900. Durant la guerre, il passe par plusieurs unités, sanitaires ou combattantes (ambulance 1/51, 93e RI, etc.). 
Commandeur de la Légion d'honneur, Lucien Graux est décédé en octobre 1944.


L’auteur, qui signait docteur Lucien-Graux, a publié, pendant et juste après le conflit, deux ouvrages intéressant notre propos.





P. C. de Sommereux, À la guerre comme à la guerre, La Renaissance du livre, 1918, [5]-128 p.
C’est le plus court des sept témoignages. Alors que la moyenne des six autres comporte 284 pages, celui-ci n'en compte que 128. Il a été écrit par un témoin sur lequel je dispose du moins d’informations, P. C. de Sommereux étant un pseudonyme. J'ignore son identité - et partant, son parcours militaire - ainsi que ses dates de naissance et de décès. Je n’ai jamais pu trouver une photo de la couverture de son ouvrage, dont la nature reste incertaine : s’agit-il d’un roman ? Des souvenirs ? 
Tout au plus sait-on par Norton Cru que c’est un officier d’État-major, et qu’il est capitaine, ainsi que le révèle J.-Y. Le Naour dans sa préface sur une Correspondance amoureuse et érotique pendant la Grande Guerre
À défaut d’une photo, voici la recension de son livre parue dans Le Mercure de France en juin 1918 :

 

Parmi les treize témoins de la classe vi analysés par Norton Cru – et donc présents in fine dans son étude – au moins trois ont failli être disqualifiés et rejoindre la classe des témoignages indignes : 

Marc Gouvieux, Notes d'un officier observateur en avion, Lafitte, 1916, [5]-273 p. :
« Il faut rayer son livre de toute liste de souvenirs de guerre. » (Norton Cru, p. 615). 


Francy Lacroix, En plein ciel. Impressions d'un aviateur. Sensations de vol, Plon, 1918, [3]-265 p. :
« Nous n’aurions pas mentionné cette œuvre ici ; mais on l’a si souvent citée comme œuvre de guerre que nous tenons à démontrer le contraire. » (Norton Cru, p. 447). 

Henry de Montherlant, Le songe, Bernard Grasset, 1922, [3]-348 p. :,
« Je n’avais pas l’intention d’inclure Le songe dans ma liste, je l’avais disqualifié après lecture, mais on insiste tant pour l’appeler roman de guerre qu’il me faut au moins déclarer qu’il ne l’est pas, et dire pourquoi. » (Norton Cru, p. 631).



CONCLUSION
Les six auteurs de la classe vii ayant été retirés de l’analyse, leur biographie est inexistante, d’où les difficultés à reconstituer le parcours militaire de ceux ayant servi dans l’armée belge (Maurice Gauchez et Daniel BERTRAND de Laflotte), ou même à établir leur identité (P.-C. de Sommereux).
Stéphane Lauzanne, Maurice Gauchez, et Lucien Graux disposent quant à eux d’une fiche Wikipedia.
En dehors de leur intégration dans son tableau iv, Norton Cru ne cite jamais le docteur Graux, P.-C. de Sommereux ni André Albret dans le corps du texte.
Dans l’index, on relève trois occurrences de BERTRAND de Laflotte, neuf de Gauchez, et quatorze de Lauzanne.

10 juillet 2026

"Volontaire" de Charles Laquièze

Pierre Henri Charles Laquièze, né à Périgueux en janvier 1898, a signé un engagement volontaire à la mairie de sa ville natale en février 1915, il venait d’avoir dix-sept ans. Si son engagement lui permet de choisir son arme et son régiment, le 144e RI de Bordeaux, c’est au sein du 55e qu’il fera toute la guerre, régiment qu’il rejoint le 21 juillet 1915 après les cours d’instruction de mitrailleurs au centre de Toulouse, du 16 juin au 9 juillet 1915. Charles Laquièze est décédé en 1989. 

Volontaire est paru à l’automne 1932 à la Nouvelle Librairie française. Chaque chapitre étant daté, la chronologie ne fait donc pas défaut. Les dates sont entre parenthèses à la première entrée de chaque chapitre.


p. 11 (4 juillet 1915) : date de son arrivée au front selon lui. Ses registres matricules (car il est sur deux départements à la fois) indiquent son passage au 55e le 21 juillet. Le JMO du 55e RI note un renfort venu du dépôt le 3 juillet puis le 20 juillet, la veille des deux dates ici proposées.

p. 16 (28 juillet 1915), Gallonier : peut-être est-ce plutôt Galonnier. Soldat non identifié quoi qu’il en est.

p. 22, « Des canons ! des munitions ! » : le titre général de plusieurs articles du sénateur Charles Humbert.

p. 23 (16 septembre 1915), malade puis affecté à la CM à son retour : après une courte évacuation pour cause de maladie, Laquièze est affecté à la compagnie de mitrailleuses (CM). Il nous semblait qu’il l’avait été dès le début.

p. 29 (21 octobre 1915), le lieutenant : vraisemblablement le lieutenant Greusard, commandant une section de mitrailleuses.

p. 29, Bonnet, coiffeur : soldat non identifié.

p. 34 sergent Vigouroux : sous-officier non identifié.

p. 37 (11 décembre 1915), nouveau colonel, arrivé depuis trois jours : le colonel Spire, arrivé au régiment le 8 décembre, remplace le colonel Hoff.

p. 43-44 (14 décembre 1915), adjudant A., Corse, et lieutenant Greusard : l’adjudant n’a pas été identifié. Quant à l'officier, c'est le lieutenant mitrailleur Victor Louis Greusard, né à Marseille en 1889.

p. 48, ANDRÉ : Victor Pierre ANDRÉ, soldat dont la mort sera évoquée plus bas.

p. 60 (30 mai 1916), Philippot : soldat non identifié avec certitude.

p. 63, le commandant : le commandant Guinard, chef du 1er bataillon.

p. 65, Dupuis : Peut-être Pierre Dupuis, tué à la cote du Poivre le 15 décembre 1916.

p. 68, 2 morts (Larnaud et Fauvel) et 2 blessés (Barbiot et Cabrol) à la CM : Laquièze semble se tromper de date et/ou de personnes. D’abord, il n’y pas eu de tué nommé Fauvel au 55e RI, et Jean Larnaud ne sera tué que le 15 décembre 1916 à la cote du Poivre. Quant au premier des deux blessés, s’il y a bien un mitrailleur portant ce nom (Raymond Adrien Barbiot, mitrailleur, né à Compiègne en 1896), il ne sera affecté au régiment qu’en juillet 1916, et blessé en août 1917, donc après les faits relatés dans ce chapitre « Six jours à la cote 304 » (30 mai – 5 juin 1916).

p. 76, le commandant est tué : Lucien Félix Charles Guinard, du 1er bataillon, tué le 4 juin 1916.

p. 80 (6 juin 1916), Cabannes : soldat non identifié.

p. 90 (30 juin 1916), Charles Laquièze décoré par le nouveau colonel : Laquièze est cité à l’ordre du régiment le 21 juin 1916.

et décoré le 30 par le colonel Jules Vignal, qui a pris ses fonctions de chef de corps le 26 mai précédent.

 

p. 95, la mort de Roure : il y a bien un soldat nommé Roure parmi les morts pour la France du 55e, mais il a été tué au bois de la Gruerie en juin 1915, avant l’arrivée de Laquièze au régiment. Le seul tué du 30 juin 1916 est le caporal Pierre Sanz.

p. 128 (14-15 décembre 1916), mort d’un sergent : entre le 14 et le 16 décembre, six sergents ont été tués à la cote du Poivre.

p. 131, caporal Réveillon : petit Méridional non identifié.

p. 133-134, le général de la division et celui de la brigade : le général Paul Muteau (1854-1927) commande la 126e DI (251e et 252e BI) jusqu’au 22 décembre 1916. Il sera durant quelques jours remplacé par le général Xavier Pelletier de Woillemont (1855-1938) commandant la 251e brigade (55e et 112e RI).


p. 141, sergent Vernet : sous-officier non identifié.

p. 141, soldat Lajus, tué : un seul Lajus est mort au 55e RI parmi la trentaine qui porte ce nom : le sergent Jean Sébastien Lajus (ci-dessous décoré par le colonel Vignal), mais est mort le 1er septembre 1918 et non en décembre 1916. Page 155, on apprendra que le soldat Lajus de Laquièze avait vingt-trois ans.

 

p. 145, la poitrine ouverte de Boyer : le sous-lieutenant Jean Louis Boyer est mort le 15 décembre 1916 à la cote du Poivre.

p. 146, Boutonnet, tué : il n’y a pas de soldat nommé Boutonnet mort entre le 14 et le 16 décembre 1916. En fait, le seul Boutonnet tué du 55e RI l’a été le 20 août 1914 à Dieuze.

p. 159 (18 décembre 1916), Ribes, Pujade, Peureux : soldats non identifiés.

p. 161, le médecin major : Laquièze se plaint de pieds gelés, le major estime qu’il n’en est rien. Il s’agit du médecin major Marcel Léon Dorange (1881-1974), chef de service au 55e

p. 165, Charles Humbert, « Des canons ! des munitions ! » : article déjà rappelé maintes fois sur ce blog.

p. 172 (20 janvier 1917), commandant « Gustou » à lieutenant Binet : le sous-lieutenant Binet commande une section de la CM3. Gustou est peut-être le surnom que donnent les poilus au commandant Marius Gabriel Guiol, chef du 2e bataillon.

p. 209 (20 mars 1917), mort d’ANDRÉ : Victor ANDRÉ a été tué le 10 mars 1917. Il était le meilleur camarade de Charles Laquièze.

p. 211, (mai 1917), changement de généralissime : le 25 décembre 1916, Robert Nivelle a remplacé Joffre en tant que commandant en chef des armées. Lorsque Laquièze évoque ce changement, (« on a changé un généralissime qui ne pouvait rien faire contre un autre qui n’aurait dû rien faire »), la déroute de « l’offensive Nivelle » le 16 avril 1917 a eu lieu. Durant ce même mois de mai 1917, Pétain remplacera Nivelle.

p. 227 (20 août 1917), « Il faut faire tirer vos pièces, Binet, dit le commandant à mon lieutenant » : Binet, que l’on a connu à la CM3, dirige à présent la 1ère compagnie de mitrailleuses (CM1). Il est donc bien le lieutenant de Laquièze, mitrailleur dans cette compagnie.

p. 227, lieutenant Espérandieu : le sous-lieutenant Marius Espérandieu (1886-1965) commande une section de la CM1.

p. 227, Vidal tué : il y a 8 soldats nommés Vidal mort pour la France au 55e RI, mais aucun en 1917.

p. 233 (24 août 1917), sergent-fourrier Chambert : sous-officier non identifié.

p. 239 (23 septembre 1917), drapeau décoré : le général Pétain décore ce jour le drapeau de la fourragère aux couleurs de la croix de guerre. La photo ci-dessous fut prise ce jour-là.

 

p. 277, sergent Sautel, de la CM2 : sous-officier non identifié.

p. 283 (6 juillet 1918), F. de la 3e Cie, mort en détention : aucun soldat du régiment dont le nom commence par F n’est mort en Allemagne en juillet 1918.

p. 284, B. mort en détention le 13 juillet 1918 : capturé le 10 juin 1918, Jean Marius Buffat, de la 2e Cie du 55e RI, est décédé à Zweibrücken le 13 juillet 1918.

 

25 juin 2026

"Carnet de route d'un officier d'alpins - deuxième série" de Georges BERTRAND

Deuxième tome du journal de guerre de Georges BERTRAND, Carnet de route d’un officier d’alpins - Deuxième série : octobre-novembre-décembre 1914 est paru en juin ou juillet 1916. L’éditeur et le format sont identiques. Certains officiers ici présentés, l’ont déjà été dans la première série (NICOLAS, Sauvajon, BARTHÉLEMY, etc.).
Cette deuxième série s’ouvre le 25 septembre 1914 (cinq jours plus tard, BERTRAND sera nommé lieutenant), et se termine avec sa blessure, le 27 décembre 1914.

 

p. 17, son ordonnance Charente : non identifié.

p. 17, aspirant Lacourt : l’historique cite l’aspirant Lacour, sans plus de précision.

p. 18, lieutenants S : sous-lieutenant Georges Florentin Sauvajon, de la 1ère Cie.  


p. 18 : B. (un lieutenant) : plusieurs candidats à ce poste, mais vraisemblablement le lieutenant Jean Marie BARTHÉLEMY, de la 2e Cie.

p. 20, capitaine M. : je ne sais quel capitaine dont le nom commence par la lettre M a pris le commandement d’une compagnie. Le lieutenant MICHEL sera nommé capitaine le 24 décembre 1914 (donc hors contexte) et tué quatre jours plus tard.

p. 21, sous-lieutenant de B : BERTRAND donne lui-même le nom en note de bas de page. Il s’agit du sous-lieutenant Joseph Marie de BERTRAND, de la 4e Cie, tué le 25 octobre 1914 dans la forêt de Hesse.


p. 23, officier d’état-major G : probablement de la 29e division, non identifié.

p. 26, adjudant B (plus tard sous-lieutenant, blessé en Alsace) : non identifié.

p. 28, capitaine de B : là aussi BERTRAND donne le nom de cet officier en note de bas de page. Il s’agit du capitaine Arpade Odon de Braunecker, né en Suisse en 1860, tué le 29 octobre au bois des Forges.

p. 29, commandant Nicolas : capitaine au moment des faits relatés ici, Joseph Alexis NICOLAS sera nommé chef de bataillon à titre temporaire le 10 octobre 1914 au 173e RI (voir 1ère série).

p. 46, sergent Marquand, blessé : Jean Élie Marquand, blessé le 15 novembre 1914, tué en juillet 1918.

p. 47, lieutenant C : fait-il mention du lieutenant Creutzer, seul officier avec un nom commençant par C à la mobilisation et commandant la section de mitrailleuses, ou bien s’agit-il d’un nouvel officier venu avec le dernier renfort ?

p. 47, six salves de canon tirés en l’honneur d’un bataillon dont le numéro lui est cher : hommage rendu au 6e BCA.

p. 55, le lieutenant B (a un frère aîné, capitaine d’un bataillon d’alpins) : lieutenant Jean BARTHÉLEMY, évoqué dans l’article précédent, dont le frère Gabriel, tué le 18 novembre 1914, était capitaine au 7e BCA.


p. 56, chasseur Langue : né à Paris en 1893, Charles Marie Langue est caporal au moment des faits. Pour les faits relatés ici, Langue fut cité à l’ordre du bataillon n° 33 le 9 décembre 1914 : « a réussi à retirer les morts et les blessés du bataillon sous le feu des tranchées allemandes ».

p. 65, chasseur Chocarne : Marcel Chocarne, né à Paris en 1890, décédé le 2 novembre 1918.

p. 68, lieutenants S et R (les plus bavards) : je n’ai pu trouver ceux qui se cachent derrière ces initiales.

p. 69, lieutenant P : son nom est indiqué en note de bas de page. Le lieutenant Pascal Marie Patella, tué en Alsace († 15 juin 1915).

p. 70, renfort arrivé avant Noël 1914 : le 17 décembre, le bataillon reçut un renfort de jeunes engagés volontaires.

p. 71, capitaine G : le capitaine Garcin, commandant la 2e Cie (voir première série).

p. 71, les capitaines M et H, Noël 1914 : les noms des capitaines MICHEL et Haas sont indiqués en note de bas de page. Le premier est le capitaine Isidore Pierre Louis MICHEL, qui avait été nommé la veille capitaine à la 1ère Cie ; il sera tué dans deux jours, le 27. Le suivant est Marie Léon Dominique Haas, commandant la 6e Cie et qui décèdera en Alsace († 7 mars 1915).


p. 71, lieutenant R : de Marseille, ce nouveau venu au bataillon n’a pas été identifié.

p. 71, PASCAL, cuisinier, tué le 27 décembre : dans le civil, Auguste Léon PASCAL était pâtissier. Il sera effectivement tué le 27 décembre 1914.

p. 73, lieutenant S, de la 1ère Cie : lieutenant Georges Florentin Sauvajon.

p. 73, lieutenant V, adjoint au commandant : le lieutenant Veillon était en effet l’adjoint du commandant. Nommé capitaine le 30 janvier 1915, commandant de compagnie.


p. 74, sa blessure le 27 décembre 1914 : le lieutenant BERTRAND fut blessé au combat de Berthonval (La Targette) le 27 décembre 1914 : « balles dans l’épaule et l’oreille, éclat de grenade dans la face ».


p. 81, la mort du chasseur Pollieux : chasseur non identifié. Ce nom ne figure pas dans la liste des tués du bataillon.

p. 82, Capdevieille, cinquante-deux ans : le caporal Victor Prosper Capdevieille avait en réalité dix ans de moins (né en 1871). Il fut tué le 21 juillet 1915 en Alsace.

p. 83 : cuisinier Jean Bonnafoux, chasseur Vernhet : non identifiés.

p. 83, clairon Canthier : le sergent clairon Michel André Bonaventure Cantier, natif des Pyrénées-Orientales, trouvera la mort le 13 septembre 1916.

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10 juin 2026

"Carnet de route d'un officier d'alpins - première série" de Georges BERTRAND

Le carnet de route de Georges BERTRAND est l’un des rares témoignages d’époque publié en deux tomes. Édité par la librairie militaire Berger-Levrault en septembre ou octobre 1915, le premier volume s’intitule Carnet de route d’un officier d’alpins - Première série : août-septembre 1914. Par l’épaisseur mais non par le format, c’est un petit livre de moins de 100 pages.
Le deuxième tome, sorti neuf mois plus tard, sera analysé dans quinze jours.


À la mobilisation, l’auteur est sous-lieutenant à la 2e Cie du 6e BCA en garnison à Nice.


p. 8, mon capitaine et mon camarade : le capitaine commandant la 2e Cie se nomme Edmond Victor Eugène Garcin. Quant au camarade, il s’agit vraisemblablement du lieutenant Jean Marie BARTHÉLEMY commandant une section.


p. 11, chasseur Petot : non identifié.

p. 12, deux bataillons surpris à Lagarde : c’est le 2e bataillon du 40e RI de Nîmes et le 3e du 58e d’Avignon. Ces deux régiments font partie de la 59e brigade, 30e division, 15e corps d’armée.

p. 16, cantonnement à Donnelay : Le bataillon cantonne à Bourdonnay selon le JMO (et non Donnelay, distant de 5 kms), le 16 août au soir.

p. 16, un sous-lieutenant sorti de St-Cyr d’un bataillon voisin : si l’on suit le JMO du 6e BCA, le bataillon voisin est l’un des trois du 141e RI. Je n'ai pu en savoir plus ni connaître le nom de ce sous-lieutenant.

p. 16, départ à 3 heures, arrivée à Gelucourt à 8 heures : selon le JMO, le bataillon a quitté à 4 heures et est bien arrivé à 8 heures du matin, le 17 août.

p. 18-19, Bulletin officiel des armées : la réponse de Viviani, en partie recopiée par Georges Bertrand ("Allez au combat ! Le plus humble d'entre vous est utile à la Patrie..."), se trouve dans le premier numéro du Bulletin officiel des armées, daté du 15 août.


p. 26, le commandant : Léon Jules Paul Lançon (1869-1924), précédemment major au 163e de Nice.


p. 29, chasseur Chambon : non identifié.

p. 30-31, caporal Gaillard, tué : le caporal Léon Henri Gaillard fut tué le 20 août 1914.

p. 35, capitaine B : il y a deux capitaines au bataillon dont le nom commence par la lettre B., soit le capitaine Bobard, commandant la 4e Cie, soit, plus vraisemblablement, le capitaine Beauser, qui dirige la 5e Cie

p. 37, chasseur Pierrat : ce chasseur m’est inconnu.

p. 53, le commandant devenu colonel : le commandant Lançon a été nommé lieutenant-colonel le 25 mars 1915 et quittera le bataillon le 22 avril suivant.

p.61, lieutenant S : possiblement le sous-lieutenant Georges Florentin Sauvajon, de la 1ère Cie.


p. 61, capitaine N parti à l’infanterie : le capitaine Joseph Alexis NICOLAS, nommé chef de bataillon au 173e RI. Il n’y restera que deux mois avant d'être tué en juillet 1915 avec le 24e BCA.


p. 62, son capitaine passera commandant : le capitaine Garcin est nommé chef de bataillon au 146e.

p. 72, la section de mitrailleuses du lieutenant C : lieutenant Maurice Pierre Joseph Creutzer, décèdera à Nice le 30 mai 1915 de maladie.


p. 72, caporal Séassal : nommé sergent en mai 1915, André Alexis Roger Séassal sera tué en octobre 1918 au sein du 28e BCA.

p. 75, chasseur Cabannes : chasseur à la 2e Cie, Joseph Cabannes sera cité et recevra la médaille militaire le 24 février 1916. Il décèdera de blessures de guerre le 9 septembre 1916.

p. 81, le général de division : Jules Jean Baptiste Carbillet, commandant la 29e division. Il est nommément cité p. 90.

p. 83, le lieutenant M et le lieutenant C : possiblement le lieutenant Charles Louis MARC, de la 3e Cie. Le lieutenant C est le lieutenant mitrailleur Creutzer.


p. 87, chasseur Faisandier : chasseur dont l’identité m’est inconnue.

25 mai 2026

"Au front. Impressions et souvenirs d’un officier blessé" de Maurice d’Hartoy

Ce n’est pas parce que Norton Cru a jugé mauvais certains témoignages qu’il ne faut pas les lire ni les étudier. C’est ce que je voudrais faire aujourd’hui avec celui de Maurice d’Hartoy.

Au front. Impressions et souvenirs d’un officier blessé est paru en août ou septembre 1916 chez Perrin. Norton Cru lui attribue une valeur de 5 sur 6, c’est-à-dire qu’il considère son témoignage comme très faible.


Avant d’être officier d’infanterie, Maurice Hanot dit Maurice d’Hartoy (1892-1981) a été sous-officier de cavalerie. En raison des pertes considérables d’officiers d’infanterie, et avec le moindre rôle de la cavalerie dans la guerre, les sous-officiers de cavalerie devenaient officiers s'ils acceptaient de servir dans l'infanterie. Tel sera notamment le cas de Robert Desaubliaux.
Maréchal des logis depuis le 10 septembre 1914 au 7e régiment de chasseurs d’Évreux – le lieutenant Béchu, alias Marcel Dupont y officie – d’Hartoy est nommé sous-lieutenant
le 11 février 1915, affecté à la 1ère Cie du 8e régiment de marche de zouaves (RMZ). 
Son récit non chronologique relate des événements propres à ces deux unités et se termine à l’hôpital en juin 1915 après sa blessure le 11 mai à Neuville-Saint-Vaast. La période concernant le 8e RMZ couvre trois mois : de février à mai 1915. Ci-dessous, l'auteur vers 1935.

 

p. 13-14, sergent Padovani, de la première ½ section : sous-officier non identifié.

p. 14 et 17, « Père Jules », le doyen, habite Romorantin : zouave non identifié.

p. 17, Pigeonneau habite à Douai : non identifié.

p. 25, lieutenant Démelin, mitrailleur : sous-lieutenant Godefroy Narcisse Demelin (1890-1919), à ce grade depuis le 30 janvier 1915. Ci-dessous en capitaine peu de temps avant sa mort.

 

p. 26, Belkacem et Ouadi, tirailleurs originaires de Mascara provisoirement au RMZ : deux tirailleurs algériens non identifiés, vraisemblablement du 4e ou du 7e régiment de tirailleurs qui marchaient avec le RMZ.

p. 31, ouvrages des tirailleurs près de la Ferme d’A… : c’est la Ferme d’Alger, dans le secteur du fort de la Pompelle, secteur tenu par les 4e et 7e régiments de tirailleurs.


p. 32, « Père Jules » est tué : identité et date de décès inconnues.

p. 32-33, Greluchet : zouave non identifié.

p. 37, grange à M…y : probablement Mailly, où le régiment a cantonné entre février et avril 1915.

p. 37, capitaine B. mort au bois des zouaves : ce bois se trouve dans le secteur de Sillery (Champagne), zone occupé par le régiment du 18 septembre au 11 novembre 1914, puis entre le 7 février et le 21 avril 1915. Sur le site Mémoires des hommes, aucun officier n’est indexé entre le 16 septembre 1914 et le 30 avril 1915. J’avais pensé un moment au capitaine Bordes-Pagès décédé le 7 septembre 1914 par un éclat d’obus au ventre (comme indiqué dans le livre), mais la date ne correspond pas au secteur. Par ailleurs, on apprend page suivante que le médecin qui administre une piqûre au capitaine B se nomme le médecin Dar… (voir ligne ci-après).

p. 38, Dar… médecin-major : médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant) Jean Marie Dartigolles (1881-1937). Arrivé au régiment le 9 février 1915, il ne peut être le médecin qui pique le capitaine Bordes si celui-ci est le capitaine B.

p. 38, Bernard, Chanterelle, de Boyssier et Leneveu : zouaves non identifiés.

p. 39, le camarade de Bonavita : sous-lieutenant Joseph Étienne de Bonavita (1886-1981).

p. 59-84, « l’Affaire du Gué-Barré » : quittons provisoirement le 8e RMZ et retrouvons-nous à l’époque où d’Hartoy était maréchal des logis au 7e chasseurs à cheval. 
Norton Cru (Témoins, p. 619) est très critique envers le traitement – une invention selon lui – que l’auteur fait de « l’affaire du Gué-Barré ».

p. 68, lieutenant Jacques T… : probablement un nom fictif.

p. 71, le village de M. : possiblement Mondement.

p. 72, le …e régiment de hussards, de la ville de D : le 13e hussards avait ses quartiers à Dinan.

p. 72, commandant S… : personne non identifiée.

p. 72, Gué-Barré : Norton Cru rapporte que d’Hartoy en fait un village, alors que celui-ci écrit pourtant que « c’est un simple hameau, une grande ferme », comme cela est bien en réalité. Le 7e régiment de chasseurs à cheval n’y était pas présent en septembre 1914.

p. 88, Gustave Mouton, syndicaliste de Lens : sous ce nom ou sous un autre, personnage non identifié.

p. 89, Rouget : personnage fictif.

p. 91, le bois de P… : localisation non trouvée.

p. 87-98, la blessure et la mort de l’aumônier Dubreuil, du 8e RMZ : Girondin né en 1879, Jean Gustave Dubreuil ne dépendait pas du régiment mais appartenait au Groupe de brancardiers de la 1ère division marocaine. En subsistance au 8e RMZ, il fut tué le 9 mai 1915 à la cote 140, entre Souchez et Neuville-Saint-Vaast.

p. 101-123, chapitre "la capture imprévue" : d’Hartoy capture à lui tout seul dix-sept Allemands. Norton Cru est sceptique quant à ce récit, il est pourtant bel et bien réel. Pour ce fait, Maurice Hanot sera cité à l’ordre de l’armée.


p. 105, division marocaine : la 1ère division marocaine commandée par le général Ernest Blondlat (1862-1938).

p. 106, tirailleurs algériens, légionnaires, zouaves : les unités de la division marocaine.

p. 106, les tirailleurs du colonel Daughan : le lieutenant-colonel Albert Joseph Daugan (1866-1952) commandait le 4 régiment de marche de tirailleurs tunisiens. Ci-dessous en général de division en 1926.


p. 107, colonel Modelon : le colonel Louis Pierre Modelon (1863-1951) commandait le 8e RMZ.
Maurice d’Hartoy lui dédie son livre (ci-dessous en général).


p. 108, colonel Pin (1er étranger) : le colonel Louis Auguste Pein, né dans les Pyrénées-Orientales en 1867, fut tué le 10 mai 1915 à la tête de la 1ère brigade de la division marocaine. Il dirigeait auparavant le 2e régiment de marche du 1er Étranger. Ci-dessous, capitaine en 1900.


p. 108, le bataillon du commandant Pelloux : le chef de bataillon Jean Marie Hippolyte Pelloux, natif de Gap, commandait le 1er bataillon du 8e RMZ.


p. 109, un officier adjoint du commandant, venu de la cavalerie : c’est Maurice d’Hartoy lui-même.

p. 148, 7e régiment de chasseurs de la brigade du colonel d’ANDRÉ : l’auteur rappelle des souvenirs avec son ancien régiment. Le lieutenant-colonel Maxime Ernest d’ANDRÉ, du 5e régiment de chasseurs, décèdera de blessures le 3 novembre 1914 en Belgique. Lors de la mobilisation, cette unité n’appartenait pas à la même brigade (ni la même division) que le 7e régiment de chasseurs.


p. 149, le colonel du 7e RCC : colonel Marius Abel Jean Rey, né en 1862, précédemment lieutenant-colonel au 10e régiment de chasseurs. Devenu général aux commandes d’une brigade de cavalerie, il décèdera en décembre 1918.


p. 151, réfectoire et menu du 4e escadron : probablement l’escadron de l’auteur.

p. 152, Ladoucette (un Normand) : personne non identifiée.

Parmi les nombreux métiers que fît Maurice d'Hartoy après guerre, il y a celui d'éditeur. Il sera notamment celui de Jules Ninet.

10 mai 2026

"Vers le front. Notes d'un territorial" de Gaston Mercier

Vers le front. Notes d’un territorial est paru en 1919 sous les presses de l’Imprimerie générale du Midi.


L’auteur semble de prime abord un peu mystérieux. En effet, si on lit en couverture que ce livre, fait de réflexions plus que de souvenirs, est l’œuvre du capitaine Gaston Mercier, on apprend à la dernière page qu’il s’agit en réalité du capitaine Adrien Vairac mortellement blessé par un obus dans la forêt de Hesse en avril 1916.


Mais aucun officier de ce nom ne figure dans la liste des morts pour la France de son régiment, et aucun soldat ne se nomme ainsi dans Mémoire des hommes. En fait, l’auteur, né avant la guerre de 1870, est mort après la Seconde Guerre mondiale. En effet, Gaston Mercier et Adrien Vairac sont en réalité une seule et même personne : le bâtonnier Lucien Eugène Gaston Mercier (1864-1951), autorisé en 1931 à porter le nom de Mercier Calvairac la Tourette. Dans Calvairac, on retrouve Vairac.
Les noms des militaires ne se cachent pas derrière des initiales ni des patronymes de substitution, ils ne sont généralement pas nommés. Le narrateur ne dit pas « je » mais « le capitaine ». 


À la mobilisation, le capitaine Mercier commande la 3e Cie du 122e RIT, le régiment territorial du 81e RI de Montpellier. Je n’ai pu trouver son registre matricule mais on sait qu’il sera évacué pour maladie avant décembre 1916, possiblement en avril, date de la "mort" fictive de l'auteur Adrien Vairac. D'autant plus que ses notes s'arrêtent à cette date.


p. 4, le capitaine : c’est Mercier, le narrateur.

p. 6, le colonel, nouveau venu : Léon Joseph Bazinet, lieutenant-colonel anciennement au 19e RI de Brest. Il figure dans l'annuaire de l'armée française de 1914, il n'est donc pas vraiment un "nouveau venu".


p. 11, le commandant : chef de bataillon Jules Aubus (1852-1925), commandant le 1er bataillon.

p. 15, un des régiments de Toulon s’embarque pour le Maroc : très probablement le 113e RIT de Toulon en entier, ou alors les 4e, 5e et 6e bataillons du 114e RIT de Toulon (les trois premiers bataillons étant d’Antibes).

p. 28, le général de division (un Lorrain) : le 122e RIT dépend de la 29e division commandée par le général Jean Baptiste Jules Carbillet (1850-1923), natif de Langres.


p. 47, le 120e RIT et le 122e RIT forment une brigade territoriale : le 122e RIT fait maintenant partie de la 194e BIT dépendant de la 97e DIT.

p. 62, le 2e bataillon part pour une destination inconnue : comme on le lira quelques lignes plus bas, le bataillon part rejoindre le front le 7 mai 1915 (secteur d’Esnes, Dombasle, bois de Malancourt).

p. 65, le 3e bataillon part pour le front : le 5 juin 1915.

p. 69, le général commandant le secteur nord-est de Paris : je n’ai pu savoir de qui il s’agit.

p. 78, les 3 bataillons se retrouvent : le régiment doit être reformé au 1er septembre 1915.

p. 81, le commandant de Montéty devient lieutenant-colonel, commandant le régiment : le commandant François Marie Alexandre de Montéty (1857-1928) fut nommé le 22 août 1915 à ce grade et à la tête du régiment.


p. 102, le commandant : il s’agit du commandant Aubus, chef du 1er bataillon.

p. 112, lieutenant MICHEL, de la 2e Cie, tué le 9 décembre 1915 : Charles Jean Maurice MICHEL était né à Sète en 1881.


p. 113, un sergent tué, un autre fait prisonnier la nuit de Noël : tous les deux appartenaient à la 3e Cie. Le sergent Lazare Bouchaud tué le 23 (et non le 24) ; le sergent Albert Estève, fait prisonnier le 23 décembre au bois de Cheppy.
Bouchaud est enterré dans la nécropole d'Avocourt. Sur sa croix, l'inscription 112e RI est erronée.


p. 114, le commandant Aubus et le capitaine Séverac blessés : c'est le 21 février 1916 que le commandant Aubus sera grièvement blessé (il perdra la vue), ainsi que le capitaine Séverac, de la 9e Cie.
Ci-dessous, le commandant Jules Aubus décoré à Montpellier en 1921 par le président Millerand.


p. 115, lieutenant Salvagnac de la 4e Cie blessé : le lieutenant Salvagniac a été blessé le 21 février 1916.

p. 116, le capitaine Favre, commandant la 11e Cie, tué : le capitaine Adolphe François Favre fur tué par un éclat d’obus le 30 mars 1916.

p. 116, capitaine Imbert, de la 4e Cie, blessé : le capitaine Honoré Imbert fut blessé à la tête par un éclat d’obus à la tête le 8 avril 1916.

25 avril 2026

"1916 : Récits - Poèmes - Souvenirs" de Pierre Médan

On doit à Pierre Jean Médan (1881-1944), lieutenant de réserve au 112e d’infanterie, les deux historiques du régiment (La première fourragère du 112e, Dragon, 1919, et La fourragère jaune et verte du 112e, Dragon, 1920) ; probablement est-il aussi l’auteur anonyme de l’historique officiel paru à la même époque.
Sous-lieutenant de réserve au 312e RI de novembre 1915 à juin 1916, il avait auparavant publié un ouvrage intitulé 1916 : Récits – Poèmes – Souvenirs, mélange de récits de guerre (souvenirs des tranchées), de poèmes et d’un court extrait de son carnet de route (du 15 au 19 juin 1916).


C'est ce témoignage que nous allons étudier aujourd'hui, en nous occupant des récits (p. 11 à 34 et 73 à 85) et du carnet (p. 89 à 115), laissant de côté les poèmes couvrant les pages 37 à 69.
Pierre Médan fut affecté à la 2e section de la 23e Cie lors de son arrivée le 11 novembre 1915


p. 12-13, le capitaine commandant la Cie (février 1916) : celui qui commande la compagnie est en réalité le lieutenant Baptistin Sézille

 

p. 13, le lieutenant Cazes : c'est le nom que se donne Pierre Médan tout au long de son livre. À noter qu'un "vrai" sous-lieutenant Cazes (Gervais Jean), venant du 170e RI, sera affecté à la 18e Cie le 12 juillet 1916 (évacué pour maladie treize jours plus tard)
 

p. 13, sergent Passaga : Léon Passaga (1882-1917), natif de Marseille

 

p. 15, Duch : il s'agit du soldat Émile Duch

 

p. 22, le général de brigade et les 3 colonels de la brigade (mars 1916) : la 129e brigade (302e, 311e, 312e) était commandé par le colonel Joseph VALENTIN (1863-1938), ci-dessous en général de brigade


p. 23, le chef de bataillon : Eugène Louis Dulac (1867-1933) commande le 2e bataillon

 

p. 30, Brest, clairon : je n'ai pu trouver ce soldat

 

p. 73, tranchée de F. (novembre 1915) : c'est la tranchée de Fey

 

p. 74, tranchée de la R. et tranchée de V : ce sont les tranchées de la Rappe et de Vieville

 

p. 74, "Des canons ! Des munitions !" : allusion à l'article de Charles Humbert déjà croisé sur ce blog

 

p. 76, promenade de M…t à J…l : de la commune de Martincourt au vallon de Jolival (photo ci-dessous prise le 12 juin 1916)

 

p. 78, ruines de F. (janvier 1916) : probablement Fey-en-Haye

 

p. 81, observatoire P. (mars 1916) : le JMO cite souvent le secteur du Poste 3
 

p. 84, le lieutenant B. son prédécesseur, tué : l’unique lieutenant dont le nom commence par B. tué avant février 1916 est le lieutenant Jean François Boutin († 31/10/1915), mais il était à la 22e Cie

 

p. 89, le bivouac de la Hêtraie (19 juin 1916) : c'est le camp des Clairs chênes

 

p. 91, "ma section" : c'est la 2e de la 23e Cie

 

p. 91, le …e zouaves  : probablement le 5e zouaves cité dans le JMO le 11 juin 1916

 

p. 91, 1er bataillon du …e régiment : 311e régiment d'infanterie

 

p. 92, les tranchées Colbert, Masséna et Pannois : ce sont les tranchées Gilbert, Molina et Sonnois

 

p. 92, le boyau Harasse : c'est le boyau Bourré

 

p. 95, lieutenant Sizelle :  le lieutenant Baptistin Antoine Louis Sézille, rencontré plus haut. Affecté au 416e RI après la dissolution du régiment, il sera tué le 25 avril 1918 

 

p. 97, la tranchée Boileau : c'est la tranchée Boivin

 

p. 97, Susini (camarade de Médan, chef de section) : le sous-lieutenant Urbain Agostini, de la 23e Cie

 

p. 97, caporal Hours : je n'ai trouvé aucune information sur lui

 

p. 101, son camarade Lecomte : sous-lieutenant Auguste Constantin Henri Marie CLÉMENT, 24e Cie

 

p. 106, Lecomte est blessé : blessé le 17 juin 1916, le sous-lieutenant CLÉMENT décèdera le 26 juin 

 

p. 107-108, le chef de bataillon : Eugène Louis Dulac, déjà croisé

 

p. 110, lieutenant Gorbo : sous-lieutenant Jérôme Henri Pozzo di Borgo (1873-1960), de la 22e Cie

 

p. 111-112, le capitaine Caccia (18 juin 1916) : Joseph Cacciaguerra, à la tête de la 22e Cie

 

p. 112, l’adjudant Ruchon : Eugène Joseph Fernand Rouchon, adjudant à la 23e Cie, tué le 24 juin 1916

 

p. 112, sergents Giancarli et Passaga : Jérôme Giancarli, mort le 24 juin 1916, et Léon Passaga, déjà rencontré. Affecté au 416e après la dissolution du 312e, le sergent Passaga sera tué le 12 mai 1917

 

p. 113, l’observateur Ageron : Léon Pierre Germain Ageron, tué le 18 juin 1916

 

p. 113, La Madelon, le refrain du bataillon chanté pendant l'attaque : le JMO confirme cette anecdote 

 

p. 115, Pierre Médan compte 3 morts et 12 blessés dans sa section (18 juin 1916) : le JMO relève 3 morts, 5 disparus et 20 blessés pour toute la 23e Cie dans la journée du 18 juin 1916

10 avril 2026

"Classe 14" de Roger Labric

J’ai longtemps hésité à livrer ces notes car je pose plus de questions que je n’apporte de réponses.
 

Roger Labric (1893-1962), qui a relaté de façon romanesque son expérience du front dans Classe 14 paru en 1931, a servi au 79e RI du 17 janvier 1915 au 2 mai 1916 avant de passer dans l’aviation.


Sa fiche matricule indique ses différentes affectations au sein du régiment. Ainsi, il fut versé à la 5e Cie le 16 mars 1915 en arrivant au front, puis à la CHR le 10 mai 1915, avant d’être évacué le 23 septembre de la même année. Le JMO n’est malheureusement d’aucune utilité car il ne commence qu’en novembre 1915, les premiers cahiers ayant disparu.
Comme la chronologie est bien maigre, j'ai tenté d’en établir une dans ce roman où le narrateur est dénommé Jacques Cerny. Ci-dessous, Roger Labric en 1935


p. 9-41 : plusieurs camarades de Cerny sont nommés avant le départ pour le front : l’adjudant-chef Arbrumster ; le sergent Touzard (classe 1912) ; le caporal Barjot ; le clairon Leclercq (il lui manque un doigt) ; les soldats Maury, Froment, Orgery, Ozou, etc.. Il n’a pas été possible de les identifier

 

p. 19, le lieutenant de réserve Aufrère : c’est un nom réel car il s’agit d’Émile Louis Aufrère (1887-1946), lieutenant de réserve. Dans le roman, il commande une compagnie au dépôt avant de partir au front

 

p. 43-53, chapitre Les Flandres : le régiment y a combattu de novembre 1914 à avril 1915. Labric n’y est arrivé qu’en mars

 

p. 49, versé à la 5e Cie en arrivant : c’est conforme à la fiche matricule qui indique l'arrivée de l'auteur au front le 16 mars 1915

 

p. 101, Boivin, tué : peut-être un nom inventé. La liste des morts pour la France du 79e décompte deux Boivin : Jules Alphonse, mort le 25 septembre 1915 et Louis Albert, tué le 9 mai 1915. Le premier est mort alors que Labric était évacué depuis deux jours. Louis Albert est plus probant, mais la chronologie ne suit pas. Par ailleurs, il est mort la veille du passage de l'auteur à la CHR, qui arrivera plus tard dans le roman. Il y a aussi le téléphoniste au 1er bataillon Jean Boileau, tué le 20 septembre 1915

 

p. 105, Mardi gras : tombe le 16 février 1915 alors que Roger Labric n’était pas encore au front

 

p. 124, « avril précoce » : avril 1915

 

p. 128, « Ce matin de 1er mai » : premier jour du mois de mai 1915

 

p. 151, « Le capitaine m’a fait appeler : le capitaine de la 5e Cie est le Maralpin Jean Honoré Sauvan

 

p. 152, « les musiciens aménagent des postes de secours entre la chaussée des Pylônes et Mareuil » : emplacements occupés notamment les 26 et 27 avril et après la relève du 26 mai 1915. Quelques lignes plus bas, on lit « Nous sommes au début de mai »

 

p. 157-178, chapitre L’Heure H… : relate les combats autour de Neuville-Saint-Vaast durant l'offensive d’Artois en mai 1915 et principalement l’attaque du 9 mai

 

p. 162, le chef de bataillon est tué : c’est le commandant Jules Émile Maurice Delpon de Vissec, à la tête du 2e bataillon, mort le 12 mai 1915


p. 179-185, chapitre Le cimetière : les combats autour du cimetière de Neuville-Saint-Vaast en juin 1915


p. 181, Leclercq, clairon, tué : parmi les 13 clairons tués durant la guerre au sein du 79e, deux (André Émile Dumas et Louis Alphonse Meunier) le sont le 9 mai 1915, et un (Antoine Maigne) le 19 juin 1915, date plus adaptée au chapitre. Mais Maigne, qui appartenait à la 3e Cie, n’était arrivé au régiment que depuis un mois, le Leclercq du roman étant un ancien. 

 

p. 190, le colonel et son cortège (lieutenant Rouzier, adjoint ; capitaine Dauvan) : lieutenant-colonel Victor Pétin (1872-1962), commandant le 79e RI depuis septembre 1914. Les deux autres officiers n’ont pu être identifiés


p. 196, Pied de Biche est tué : surnom d’un soldat dont l'identité m'est inconnue

 

p. 208, la relève après 28 jours : le régiment est relevé le 28 mai 1915

 

p. 227, l’aspirant Delorme est nommé lieutenant et prend la tête de la 5e Cie : âgé de 22 ans dans le livre et préparant une thèse, je n’ai pu savoir qui se cache sous les traits du lieutenant Pierre Delorme. On a vu plus haut que le commandant de la 5e Cie est Jean Sauvan, alors âgé de 33 ans

 

p. 259-278, chapitre La Butte : la Butte du Mesnil et les combats à partir du 25 septembre 1915

 

p. 263, le colonel et le général de brigade : ce passage est anachronique car en septembre 1915 le colonel Eugène Hallier commandait la 22e brigade depuis mai. Il sera provisoirement remplacé par Pétin après avoir été blessé le 23 septembre 1915

 

p. 268, Burtin, Rémois de la classe 14, tué : son identité n'a pas pu être établie

 

p. 279-288, chapitre La mort de Delorme : le vrai lieutenant de la 5e compagnie, Jean Sauvan, n’est pas mort à la guerre et ne peut être représenté sous les traits de Pierre Delorme, plus jeune de onze ans

 

p. 289-294, chapitre La soupe chaude : évoque Isidor Fouillot, cuistot de la 5e Cie, tué mais non identifié  

 

p. 295-299, chapitre Promotion : on apprend dès la première ligne que « le caporal Cerny est affecté à la liaison du colonel ». Ce chapitre évoque le passage de l’auteur au sein de la CHR à compter du 10 mai 1915. D’une part, ce n’est pas chronologique, l'action étant censée se dérouler en automne 1915 ; d’autre part, mais cela est secondaire, Labric ne fut nommé caporal qu’en juin 1917

 

p. 303, Joseph Mérin, classe 14, cycliste, tué : soldat non identifié

 

p. 313-321, chapitre Dans un lit : sa fiche matricule indique qu’il a été évacué le 23 septembre 1915, et ce chapitre relate donc son passage dans un hôpital. Mais pour quel motif ? Aucune blessure n’est inscrite sur son registre matricule ni dans son dossier de la Légion d’honneur

 

p. 323, « le colonel lui-même nous a quittés après le coup dur d’automne » : Victor Pétin est remplacé en novembre 1915 par le lieutenant-colonel Louis Émile Mangin (1871-1941), ci-dessous en 1932

 

25 mars 2026

"Classe 11", le copié-collé de Lucien Montoby sur Pierre Lœvenbruck

Aujourd’hui la leçon sera différente car nous parlerons de deux livres en même temps, sans chercher à savoir qui est qui, ni où se situe telle action. Cette chronique se voudra par ailleurs un hommage à Jacques Didier (1939-2018), qui m’avait parlé de cette histoire en 2008.


Lucien Montoby (1897-1975) a publié en 1962 Classe 1911 (Les anciens), un livre qui raconte depuis octobre 1912 la vie en caserne et durant les manœuvres d’un conscrit de la 7e Cie du 69e RI, nommé par la suite caporal puis sergent, jusqu’à la bataille de Morhange.


Dès les premières lignes de son livre, Montoby plante le décor : « Je ne suis pas l’auteur de ce récit. Le manuscrit m’en a été remis un soir de l’hiver dernier par un ami qui, sa situation compromise, avait décidé d’aller refaire sa vie en Amérique du Sud. » 
Né en décembre 1897, Lucien Montoby a d'abord été incorporé au 147e RI de Sedan d'août 1916 à février 1917, a rejoint le dépôt du 87e de Saint-Quentin où il poursuit son instruction de février à octobre 1917, avant de renforcer cette unité le 16 octobre. Évacué pour maladie le 10 novembre 1917, il n'aura donc passé que 26 jours au front. Outre le fait que ce n'est pas la même unité, son témoignage n'en est pas un.


Cet ami évoqué par Lucien Montoby est en réalité Pierre Lœvenbruck (1891-1972), qui avait raconté trente ans plus tôt, dans Ceux de la réserve paru en 1931, son expérience de la guerre.


L’auteur, sergent à la 7e Cie du 69e RI, passe au 269e, le régiment de réserve du 69e, pour former à la mobilisation le cadre actif de la 23e Cie.


De très nombreuses pages de Ceux de la réserve se retrouvent dans Classe 1911. Voici quelques exemples (Pierre Lœvenbruck = PL, Lucien Montoby = LM. Le numéro de page suit les initiales) :

PL 7 = LM 100


PL 26-29 (extrait ci-dessous) = LM 116-119 (extrait ci-après)


PL 31 (à gauche) = LM 121 (à droite)


PL 46 = LM 132, etc.

Dans Montoby, les pages 141 à 146 du chapitre La bataille de Morhange (p. 141-150) sont tirées de La division de Fer du général Colin (p. 23 et 26 à 29), mais là au moins, Montoby le signale (p. 146).

 

Comparons PL 24 et LM 115 : après la phrase « Sergent, on vous demande à la grille », les visiteurs ne sont pas les mêmes d’un livre à l’autre. Le père et le frère de Lœvenbruck en 1931 deviennent Hélène, la chérie de Montoby trente ans plus tard. Il faut dire qu’en quatrième de couverture de Classe 1911, il est écrit que l'auteur « a voulu rappeler sous la fiction d’un récit, l’épopée écrite avec leurs fatigues, leurs misères et leur sang. » 

Autre exemple, dans PL 46 nous lisons : "Nous rencontrons le lieutenant Lardenois, qui a le sourire et, comme nous lui faisons part de nos regrets de ne pas y être....
- On nous réserve pour le grand coup : répond-il très sérieusement." 
Chez Montoby (LM 132), cela devient : "Nous rencontrons le lieutenant L..., qui a le sourire et, je lui fais part de mes regrets de ne pas y être....
- Vous partez demain rejoindre le 6-9, me dit-il, veinard !" 
Sous-lieutenant de réserve à la 10e Cie en 1912, Charles Pierre Lardenois est, à la mobilisation, lieutenant à la 23e Cie du 269e RI. 


On peut se demander quel rapport il y avait entre les deux hommes : étaient-ils amis ? Pourquoi Pierre Lœvenbruck a-t-il laissé Montoby le copier ? L’a-t-il autorisé à le faire ? Pourtant, le livre de Lucien Montoby n’apporte rien de nouveau puisqu’il recopie à la fois Lœvenbruck, un chapitre du général Colin et l’historique du 69e RI à partir de la page 165.


Le passage de la blessure à Morhange (p. 149-150) a soit été inventé par Montoby (« fiction d’un récit »), soit a dû être pris d’un autre livre ou du carnet inédit d’un soldat du 69e RI.

 

10 mars 2026

"Caserne 1900" de Léon Werth

Bon, je sais, cela se passe bien avant 14-18, mais à la limite, peu importe, cela pourrait tout aussi bien se dérouler durant la guerre, au dépôt. Et comme nous étudierons plus tard Clavel soldat, j'ai jugé utile de présenter le récit de son expérience en caserne. Donc là, ce ne sont pas des lieux ni des dates qu’il faut trouver, mais des noms.

Léon Werth (1878-1955) a fait son service militaire du 14 novembre 1899 au 25 septembre 1900. Il a raconté ses dix mois de service dans un récit peu connu et publié seulement en 1993 (chez Viviane Hamy), soit près de quarante ans après sa mort : Caserne 1900
S’il n’indique pas le n° de son régiment ni sa ville de garnison, on sait que Werth fût incorporé au 133RI à Belley, « une petite ville du Bugey », comme indiqué page 11. Le 133e y casernait depuis 1873.


Un mot sur la photo de couverture : elle représente Léon Werth en uniforme mais ne fut pas prise durant son service militaire. Un agrandissement permet de lire le chiffre 52 sur le col de sa vareuse. Werth a fait son service au 133e RI, a été mobilisé durant la guerre au 111e Territorial puis a été versé au 252e, mais il a accompli une période d'exercices avec le 52e RI du 5 au 27 novembre 1913. La photo fut probablement prise à ce moment-là. Elle est donc plutôt à rapprocher de Clavel soldat (moins d'un an la sépare du début du récit) que de Caserne 1900 (quatorze ans d'écart).

 

p. 16, le capitaine Cimier : on apprendra page 67 qu'il a fait St-Cyr. Dans la vie, il s’agit de Marie Émilien Mercier (1868-1930). Cimier-Mercier, c'est presque une anagramme. Sorti de St-Cyr (promotion Tombouctou, 1887-1889), il a été nommé capitaine le 12 juillet 1899.

 

p. 20, lieutenant Guliani : sans doute le principal militaire de ce récit, Guliani est Corse et a fait St-Maixent. Il est « presque nain », de petite taille (p. 23), car il mesure 1 m 58 (p. 92). Dans l’annuaire de 1900, Ferdinand Faggianelli campe ce personnage. Lieutenant depuis le 24 mars 1892, il est lui-même Corse, ancien de St-Maixent (1889-1890), et mesure en effet 1 m 58. L’auteur nous apprend aussi dans son roman que le Corse approche de la quarantaine. C’est bien le cas du lieutenant Faggianelli, né en 1864 ; en 1900, il a donc 36 ans.

 

p. 39, l'adjudant Roune : ce sous-officier s'appelait très probablement Renou.

 

p. 42-44, les sergents : les vrais noms des sergents Monteil (p. 42), Tassart (p. 43) et Bourgoin (p. 44) n'ont pas été trouvés.

 

p. 46-47, caporal Housson, natif du Jura : non identifié.

 

p. 48, le général de brigade Berton : c'est le général Antoine Arthur Lachasse (1842-1925), commandant la 27e brigade d'infanterie du 16 décembre 1898 au 13 janvier 1901. Il avait commandé auparavant le 91e RI.


p. 51, Noiraud : soldat non identifié.

 

p. 54, le médecin auxiliaire Mérillon : un médecin auxiliaire est un adjudant, ce n'est donc pas un officier qui pourrait avoir son nom dans l'annuaire. Je n'ai donc pu savoir de qui il s'agissait.


p. 54, Berland, le mouchard : anagramme de Lambert ?


p. 56, lieutenant Duparc, commandant le 2e peloton : officier non identifié.

 

p. 78, le colonel : c'est un « petit bonhomme d’aspect sénile ». Anonyme dans le récit, dans la vie il répond au nom de Jules Valéry Mercier (1840-1905), sans rapport avec le capitaine du même nom vu plus haut. Mesurant 1 m 61, il est en effet de petite taille. Avant le 133e, il avait été quatre ans durant, entre 1892 et 1896, lieutenant-colonel au 74e RI. Il prendra sa retraite en 1901.

 

p. 78, courte allusion au capitaine d’habillement du régiment : les annuaires de 1898 à 1901 démontrent qu’il s’agit du capitaine Henri Michel Pierre Dezile, né à Paris en 1850.

 

p. 78, le capitaine Liotard : je n’ai pu l'identifier.

 

p. 83-86, la barbe : mis à part les officiers et sous-officiers, les conscrits ne portaient quasiment jamais la barbe. On sait que Léon Werth (alias Georges Court dans le récit) l'arborait. On lui en fit le reproche, et il en donne ici d'excellentes pages.
Est-ce lui au quatrième rang, cinquième soldat en partant de la gauche ?  Gros plan ci-après.


p. 87-90, le sous-lieutenant Pierre Bassy : camarade de lycée de l’auteur, on apprend qu’il mourra en 1915, capitaine dans un régiment de zouaves. Il s’agit de François Bassieux (1877-1915), tué le 24 avril, capitaine au 1er Régiment de Zouaves.

 

p. 91, commandant Raulin : il est à la tête du 1er bataillon (photo de la caserne ci-dessous). Entre les réels commandants Quais, Mourier, Bernard, Mesnard et Durand de Gevigney, je ne sais pas qui se cache sous ce nom.


p. 92, capitaine de Langlade : officier non identifié


p. 92, le lieutenant Ruchet : peut-être le lieutenant Irénée Paul Reverchon (1873-1959) ?

p. 94, lieutenant Gauteron : non identifié


Pour la petite histoire, Léon Werth a forcément croisé, et peut-être même a-t-il été sous les ordres du lieutenant Louis Peyre et du sous-lieutenant Antoine Moyret (ci-dessous capitaine en mars 1918) qui seront tous deux plus tard chefs de bataillon au 112e RI, unité qui m'est chère ; mais sans doute n’a-t-il pas eu le temps de rencontrer Philippe Pétain, le futur maréchal, alors chef de bataillon depuis le 12 juillet 1900. Nouvellement nommé au régiment, Pétain était détaché à l’école normale de tir en tant qu’instructeur.  

 

25 février 2026

"Là-bas avec ceux qui souffrent" de Guy Hallé

Parmi les régiments d’infanterie qui ont laissé le plus de traces écrites, le 74e RI de Rouen figure incontestablement dans le trio de tête. Durant la guerre et jusqu’au milieu des années 1970, les anciens de cette unité normande ont été particulièrement prolifiques. Je possède d'ailleurs moi-même quelques récits personnels issus de leurs rangs : Là-bas avec ceux qui souffrent, de Guy Hallé ; Un capitaine de vingt ans, de François Chevennes (pseudonyme du capitaine Lanquetot) ; les Quatre pages du 3e bataillon du 74e RI du commandant Lefebvre-Dibon ; De la boue sous le ciel. Esquisses d'un blessé, de Paul Verlet ; les Petites histoires d’un glorieux régiment, de Charles Toussaint et, dans un moindre mesure, Gerbe de souvenirs (ceux des autres) racontés par un baroudeur, ce baroudeur étant Jean Ledruze-Desmaires, lequel a surtout écrit Flambée de souvenirs, 1890-1950. Et je ne compte pas le récent Deux musiciens dans la Grande Guerre, qui reprend les carnets de guerre de Maurice Maréchal et les lettres du front de Lucien Durosoir, ce violoniste que l'on retrouve dans De Sauret la honte à Mangin le boucher d'Henri Dutheil (p. 293-295), ou encore Bleu horizon de Roland Dorgelès.


À cette liste, on pourrait ajouter ceux que je n'ai pas mais dont je connais l'existence : Propos d’un marmité (1915-1917) de Paul Rimbault, et les Extraits de lettres de guerre du sous-lieutenant André Martin, tué lors de la prise du fort de Douaumont le 23 mai 1916. J'en oublie certainement.
Bref ! On le voit, si les poilus du 7-4 ont été à la peine (plus de 3300 tués), ils ont aussi été à l’ouvrage.


Nous allons étudier aujourd’hui le premier de ces témoignages : Là-bas avec ceux qui souffrent, paru aux éditions Garnier en octobre 1917. Mon exemplaire étant la réédition d’Ysec de 2002, c’est cette pagination qu’il faudra suivre. Elle respecte toutefois peu ou prou la numérotation de l’édition de 1917, et lorsqu'il y a une différence de pagination, celle de Garnier est mise entre parenthèses.


Avant de l’analyser, il me faut dire deux mots de l’édition Ysec.
Les éditeurs ont eu la bonne idée d’inclure quelques illustrations créées spécialement pour l'occasion et qui complètent agréablement le texte.


Mais ils ont aussi ajouté un sous-titre, inexistant en 1917 : Carnets d’un poilu rouennais à Verdun. Guy Hallé est né à Paris en 1893, il y demeurait lors de son incorporation, puis s’est retiré au Havre et après la guerre. Il n’y a donc rien de rouennais dans tout cela. Mais sans doute l’adjectif s’applique-t-il au régiment.

Ceux qui souffrent là-bas, Guy Hallé ne les oublie pas. À part les officiers, dont il ne rappelle bien souvent au mieux que l'initiale, il indique dans son récit les vrais noms de ses camarades tués. 
Le Journal des marches et opérations du 74e ne donne malheureusement pas l'encadrement pour l'année 1916, qui va nous occuper ici. En revanche, il est formidable car il répertorie toutes les pertes, compagnie par compagnie.



p. 5, la dédicace à son frère et à ses amis : Hallé dédie son livre à son frère Noël et à ses deux meilleurs amis, Pierre et Jean-Gabriel. Noël Hallé, d’un an plus âgé que Guy, était sergent depuis quatre jours lorsqu’il est mort des suites de blessures le 18 septembre 1914. Il appartenait à la même compagnie que son frère, la 5e. Quant à Pierre et Jean-Gabriel, ses amis, il s’agit des sous-lieutenants Pierre Henri Jaccoux et Jean Gabriel Rey.


p. 25, le capitaine de B. : Gaston Ledoux de Beauménil, capitaine adjudant major au 2e bataillon, natif du département de la Manche, grièvement blessé le 6 avril 1916, mort deux jours plus tard.

 

p. 26, son cher Jean : sous-lieutenant Jean Gabriel Rey, précédemment à la 7e Cie du 74e mais décédé au sein du régiment de réserve, le 274e RI, des suites de blessures le 11 avril 1916. 

 

p. 31, le commandant et le lieutenant : le commandant Albert Louis Schaffer, chef du 2e bataillon, et un lieutenant non identifié, probablement celui commandant la 5e Cie (lieutenant Legros ?), la compagnie de Guy Hallé.

 

p. 33, « Eh, sergent » : à ce moment du récit (mai 1916), Guy Hallé est sergent depuis onze mois. Il sera nommé adjudant le 31 mai 1916.

 

p. 35 (p. 34), son ami J., chef de section, mort : sous-lieutenant Pierre Jaccoux, commandant une section de la 5e Cie, tué le 22 mai 1916.


p. 36, lieutenant L. et M. : Édouard Léon Legros, commandant la 5e Cie, et Maurice Adolphe Maridet. Le premier, tué en mai 1916 ; le second, en septembre 1917.

 

p. 40 (p. 39), un sergent tué : une vingtaine de sergents ont été tués ce jour-là (22 mai 1916), il faut donc procéder par élimination. Guy Hallé nous apprend que le sergent en question a suivi les cours d’élèves-caporaux en même temps que lui. Il est donc plus ou moins de la même classe. Comptons les sergents des classes 1912 et 1913 : trois dans la première classe, deux dans la suivante. Mais à la 5e Cie, il n’y a pas de sergent tué le 22 mai. Selon le JMO, trois sergents sont portés disparus, et un autre, Maurice Dollé, est blessé. Ce pourrait être ce dernier, mort des suites de blessures le 25 mai.

 

p. 40, le lieutenant et Pierre J. sont tués : lieutenant Édouard Legros et le sous-lieutenant Pierre Jaccoux, qui commande la section de Guy Hallé. 

 

p. 41, clairon B. : non identifié. J'avais un instant pensé au Maralpin Adrien Bonfante, clairon à la 5e Cie, et qui sera blessé le 27 septembre 1916 (voir l'extrait de l'état des pertes plus bas) ; mais cet ancien du 112e, n'a rejoint le 74e que le 20 juin 1916 alors que le récit se déroule un mois plus tôt.

 

p. 44, 5e Cie : on apprend ici et ainsi le numéro de sa compagnie.

 

p. 50, Houel, blessé : Eugène Houel, blessé le 20 août 1916, mort des suites de blessures le 3 septembre.  On lit dans l’édition Ysec qu’il est de la 5e section, ce qui est bien entendu faux. Le texte original écrit bien « 4e section ».

 

p. 51, Avenel, cuisinier des sous-off. : cuisinier dans le civil, André Avenel est mort le 20 août 1916. Il repose dans le cimetière de Janval, à Dieppe.


p. 51, le sergent Moulin, tué : Hallé nous indique que c’est un sergent « arrivé depuis peu de la division où il était secrétaire ». Parmi les tués du 20 août 1916 notés dans le JMO, il y a bien le sergent Gaston Moulin, de la 5e Cie, mais ses états de service nous révèlent qu'il est adjudant, à ce grade depuis septembre 1914. Par ailleurs, son prénom n'est pas Marius, contrairement à ce qu'indique sa citation dans le Tableau d'honneur de la Grande Guerre.


p. 66, Henri Loumeau (34 ans), porté disparu : de prime abord, je n'avais pas identifié ce soldat, ne trouvant pas sa fiche sur Mémoire des Hommes. Je me disais toutefois que jusqu'à présent, l'auteur n'avait pas donné de nom fictif ; pourquoi en serait-il autrement ici ? Il devait y avoir une erreur. Et cette "erreur", je l'ai trouvée !
Une relecture attentive du texte (Les Éparges quittées depuis un mois, l'explosion d'une mine, disparition du soldat) m'a permis de trouver dans le JMO la journée du 27 septembre 1916 :

 

Et parmi les tués, principalement à la 5e Cie, on trouve le nom d'un soldat : Henri Louveau, disparu


Il est noté comme disparu selon sa fiche MdH. Notez toutefois que ce soldat de la 3e section, né en 1887, avait 29 ans et non 34 comme l'écrit l'auteur. 

 

p. 68, Ferrère : le texte dans l'édition Ysec est : « Une voisine a reçu des nouvelles d’un soldat de la compagnie Ferrère qui était avec mon mari » ce qui laisse croire qu'une compagnie porte le nom de celui qui la commande (donc Ferrère), alors que le texte original porte : « d’un soldat de la compagnie : Ferrère, etc. » où l’on comprend bien qu’il s’agit d'une compagnie (en l'occurrence ici la 5e) et non la compagnie Ferrère.
Je n'ai pu identifier le soldat Ferrère, mais je pense qu'il s'agit en fait d'Eugène Férard (1884-1916) disparu lors de l'explosion de la mine (et qui apparaît plus haut dans l'état des pertes du JMO).

 

p. 82, le colonel décore trois hommes et le lieutenant M. : durant une période de repos pour le régiment à Dammarie en juin 1916, le colonel Charles Xavier Brenot (ci-dessous en chef de bataillon) décore trois soldats de la médaille militaire ainsi que le lieutenant Maridet de la Légion d’honneur. Guy Hallé nous informe que ledit lieutenant est son commandant de compagnie, dont il aurait pris la tête après la mort de Legros. 



Au terme de cette chronique, votre serviteur souhaiterait avoir une pensée pour Joseph Colla, un soldat qui ne figure pas dans le livre étudié. Né en août 1895, il sera grièvement blessé le 27 septembre 1916 lors de l'explosion de la mine aux Éparges.
Si j'en parle, c'est d'une part parce qu'il est né à Nice, ma ville d'adoption, mais aussi parce qu'il comptait dans l'effectif de la 5e Cie de Guy Hallé, peut-être même était-il dans sa section, alors ceci explique cela :)

 

Passé du 55e au 74e en juin 1916, il n'est resté que trois mois au régiment.
Joseph Colla est mort des suites de blessures le 28 septembre 1916, à vingt heures, à l'ambulance 16/14.
Son corps a été rapatrié dans le caveau familial au cimetière de Caucade.

 

Merci à Stephan de m'avoir relu, complété trois informations et corrigé deux erreurs.

10 février 2026

"Copains du front" de Jules Ninet

Classe 1917, Jules Ninet (1897-1984) a été incorporé en janvier 1916 au sein du 23e RI avant d’être affecté au 89e RI le 23 février 1917. Je n’ai pas trouvé sa compagnie, encore moins son bataillon, mais après recoupements l'auteur n'est ni la 3e ni la 10e Cie. Il est aussi l'un des rares auteurs témoins de ce blog dont je n'ai pu trouver la photo.
Copains du front, publié en 1936 chez Maurice d’Hartoy*, est presque dépourvu de chronologie. Essayons d’en établir une, sachant qu’il arrive au 89e en février 1917.
Notons enfin que Ninet donne parfois les vrais noms de ses camarades (Berger), des noms inventés (Monsinjau) et aussi des noms à peine modifiés (Parceler pour Parcelier, Rondat pour Rondot).

 

p. 24, Ninet arrive au front avec un renfort : le JMO du 89e indique recevoir un renfort de 118 hommes de la classe 1917 le 27 février 1917.

p. 71 et le chapitre 3 intitulé Blessure (p.72-91) : ce chapitre relate sa blessure à la tête. Selon son registre matricule, il a été blessé le 16 avril 1917 à la jambe gauche par éclat d’obus et non à la tête.

 

p. 101 (bas de page), « Rondat, tué » : il s’agit de Jules Rondot, mort le 4 mai 1917.
 

p. 107, chapitre 5 Retour au front : cette section évoque son retour au régiment qui eut lieu le 17 mai 1917.
 

p. 229, premier novembre : c'est le 1er novembre 1917.
 

p. 247 (bas de page), secteur de Juvincourt : le régiment y est depuis le 27 novembre 1917.

 

p. 250, mi-décembre, évocation du dernier renfort arrivé il y a à peine deux mois : à cette date, le dernier renfort eut lieu le 28 septembre 1917.

 

p. 252, la mort de Berger : il s’agit de Rambert Berger, mort le 3 novembre 1917, mais ici la chronologie n’est pas respectée car on est censé être à la mi-décembre.

 

p. 256, Durieux : peut-être s'agit-il de Dumont Henri Charles, mort le 4 novembre 1917.

 

p. 258, Dufour : il pourrait être Dupuy Léon (… 5 décembre 1917). À noter que dans la liste des tués du 89e établie dans MdH, il y a un vrai Dufour (Paul Julien) mais il appartient en réalité au 89e RIT.

 

p. 260 (23 décembre), 265 (25 décembre), 266 (31 décembre) : les derniers jours de décembre 1917.

 

p. 267 : Nouvel An 1918.

 

p. 269, le chapitre Noyon (269-313) : l’historique cite cette commune en mars 1918.

 

p. 270, le drapeau enterré puis retrouvé : cette histoire est véridique. Le drapeau fut enterré le 22 août 1914 pour ne pas tomber dans les mains des Allemands, et retrouvé le 30 novembre 1918.

 

p. 301, Lebreton : Jean André Lebreton est mort le 25 mars 1918. Il venait d’Italie comme indiqué p. 171.
Il est enterré dans la nécropole nationale de Noyon.

 

p. 305, Jamin dit « Bébert » : c'est Albert Janin, mort le 25 mars 1918.

 

p. 307, le capitaine Hollaender : Henri Camille Hollaender (1890-1923) commande la 3e compagnie de mitrailleuses.

 

p. 312, Rabin : Rabin se nomme Henri René Robin, mort (en réalité de maladie) le 26 mars 1918.

 

p. 330, un aspirant tué : l’aspirant que l’on annonce mort est Georges Maurice Gallois tué le 25 mars 1918, seul aspirant tué au Printemps 1918.
Page suivante, Ninet, qui revient de permission de quelques jours après un petit séjour d’une semaine à l’hôpital pour cause de gale (p. 326), apprend qu’il est mort il y a « huit jours aujourd’hui », ce qui ferait donc le 2 avril. Or, une semaine d’hosto plus quelques jours de permission font plus que 8 jours.

 

p. 334, le caporal Parceler : Alphonse Parcelier, caporal, a été tué le 1er août 1918.

 

p. 335, sa blessure à la jambe : cette fois c’est correct, Ninet a été blessé le par éclat d’obus à la cuisse gauche le 1er août 1918.

Dans une autre édition de Copains du front, Ninet a dessiné son "copain Lafond", probablement l'un des protagonistes de son livre caché sous un pseudonyme, mais qui n'est pas le soldat Lafond évoqué p. 136.

 

Avant de devenir éditeur, Maurice d'Hartoy a aussi été un combattant ; nous étudierons ultérieurement son témoignage.  

 

25 janvier 2026

"L'apprentissage de la nuit" de Georges Scapini

Publié en 1929 chez Flammarion, L’apprentissage de la nuit de Georges Scapini (1893-1976) comporte plusieurs époques : la jeunesse de l’auteur, son service militaire effectué à partir d’octobre 1912, la guerre, son séjour à l’hôpital puis le retour à la vie civile et son entrée en politique.


Seule nous intéresse ici la partie relative à la Grande Guerre qui couvre les pages 59 à 120. Toutefois, nous commencerons et finirons avec des données avant et après la guerre.

Incorporé à la 1ère Cie du 39e RI en garnison à Dieppe (1er bataillon), Scapini a été gravement blessé en octobre 1915 et deviendra aveugle.


Dans le récit qu’il donne de son expérience de la guerre, les noms évoqués sont tantôt réels – ou à peine modifiés – tantôt fictifs.

 

Avant-guerre

p. 42, Rigaud, Ricois et l’adjudant Bègue : Rigaud est peut-être Émile Alexandre Rigault, tué le 9 septembre 1914, mais il n’a été incorporé qu’en octobre 1913, soit un an après les faits relatés par Scapini qui écrit avoir eu tout de suite après son incorporation (donc en octobre 1912), deux camarades : Rigaud et Ricois. Ce dernier est Marcel Jules Ricois, né à Paris en 1891, incorporé une semaine avant Scapini, il deviendra mitrailleur. Quant à l’adjudant, il s’agit de Jean Pierre Bègue, futur lieutenant au 74e RI.

p. 53, le lieutenant Camus : Pol Joseph Camus commande une section de la 1ère Cie avant-guerre puis la 1ère section de mitrailleuses à la mobilisation. Nommé capitaine le 15 septembre 1914, il sera tué quatre jours plus tard.

 

La guerre

p. 65, le colonel Gorin : l’officier commandant le régiment est le colonel Adrien Paul Chrétien (1862-1948), blessé le 5 septembre 1914.

p. 65, le capitaine : c’est Georges Alfred Craplet (1872-1960), qui commande la 1ère Cie depuis septembre 1912.

p. 69, le soldat Chapuis : l’un des premiers tués du 39e fut le caporal Jean Pierre Chapuy († 21 août 1914).

p. 73, sa blessure : Georges Scapini fut blessé une première fois le 29 août 1914.

p. 81, retour au front : Scapini écrit retrouver le 39e dans le secteur de tranchées à Hermonville. Le régiment y sera à partir du 1er novembre 1914. Or, il nous semble que l’auteur a retrouvé son unité bien avant, ainsi que le laisse penser la suite (notamment lorsqu’il relate sa rencontre avec Dorgelès).

p. 82, l’article du sénateur Humbert : il s’agit en fait de tout une série d’articles publiés dans Le Journal à partir du 2 juin 1915. Les articles portaient tous le même titre général : Des canons ! des munitions !


p. 85-86, la rencontre entre Dorgelès et Scapini : a-t-elle réellement eu lieu ? Quoi qu’il en fût, Dorgelès a rejoint le front le 22 septembre 1914 avec un renfort du 74e venu du dépôt mais sera aussitôt affecté au 39e RI, versé à la 3e compagnie.


p. 86, le régiment est envoyé à la ferme du Choléra : le 39e y prendra les tranchées vers le 14 avril 1915.

p. 87, adjudant Lévêque, aveugle : très grièvement blessé le 10 mai 1915, l’adjudant Jacques Lévêque perdra la vue, comme Scapini plus tard. Il sera cité à l’ordre de la 5e armée le 23 mars 1915.

p. 88, le capitaine, Chamez et Scapini : ce même 10 mai 1915, le capitaine demande deux volontaires pour une mission de reconnaissance. Un dénommé Chamez, qui n’a pas été identifié, et Scapini se portent volontaires. La 1ère compagnie était alors commandée par le sous-lieutenant Prévost.

p. 90, le régiment à Neuville-Saint-Vaast : le 39e RI y fut transporté le 25 mai 1915.

p. 110, lieutenant Pottery : sous ce nom fictif se cache l’un des trois sous-lieutenants de la 1ère Cie au moment de l’attaque du 2 octobre : Ventecombreux, Cahen, ou Louis Borel de Brétizel.

p. 112-115, article de Dorgelès dans L’Intransigeant : intitulé « Hardi, Scapin ! », il fut publié le 21 avril 1928.


p. 115, sa grave blessure : Georges Scapini fut grièvement blessé le 2 octobre 1915. L’éclatement de l’œil gauche et une perforation de l’œil droit l’ont rendu aveugle.

p. 117, docteur Legros, médecin-major : médecin aide-major de 1ère classe au 1er bataillon.

 

Après-guerre

p. 133, Otten : Scapini évoque ce camarade blessé « d’une balle qui lui avait cruellement labouré le visage ». Sous-lieutenant au 109e RI, Charles André Otten (1893-1965) fut blessé le 16 juin 1915 à Notre-Dame-de-Lorette d’une « plaie en séton de la tempe droite et du pavillon de l’oreille avec légère commotion labyrinthique ».

 

10 janvier 2026

"La ruée" de Robert Desaubliaux

À la mobilisation, le cavalier Robert Desaubliaux, né à Paris en 1890, effectue son service militaire au sein du 11e Cuirassiers. La cavalerie n’étant plus employée comme elle devrait être après la guerre de mouvement, Desaubliaux fait sa demande pour passer dans l’infanterie et, en juillet 1915, est nommé sous-lieutenant au 129e RI.


Il a tenu un carnet de route, la chronologie ne fait donc pas défaut, seuls les noms changent.
Son témoignage, La ruée. Étapes d’un combattant, est paru en 1919 chez Bloud & Gay. 


Mon exemplaire étant la réédition publiée aux Presses de la renaissance en 2005 (La ruée. Journal d’un poilu), c’est cette pagination qui est reportée ici.


11e Cuirassiers
p. 18 (31 juillet 1914), Le capitaine de Kermorgan : qui commande le 1er escadron se nomme en réalité Charles Marie de Penfentenyo de Kervéréguin (excusez du peu !)

p. 20 (4 août 1914), lieutenant Rinchard : selon l'Annuaire de l'armée française on a le choix entre quatre lieutenants : Clouet des Pesruches (Denis Marie), Bourcier (Ernest Albert), Font (Joseph Marie), et de Peyronnet (Albert René Henri). Parce que le nom inventé n'a que deux syllabes, je privilégierais Bourcier.

p. 38 (26 août 1914), le colonel : il s’agit du colonel Charles François Pressoir (1858-1942).

129e RI
p. 135 (15 juillet 1915), le colonel commandant la brigade : c’est le colonel Émile Édouard Viennot ancien chef de corps du 74e RI
(merci à Stephan pour la photo).


p. 136 (15 juillet 1915), le capitaine C… du 1er bataillon : il s'agit du capitaine Gaston Auguste Chauvelot, commandant la 1ère Cie. Il mourra des suites de blessure le 18 novembre 1915.


p. 137 (15 juillet 1915), le colonel V… : c'est le colonel Viennot vu précédemment.

p. 137 (15 juillet 1915), le sous-lieutenant Lefebvre : Desaubliaux est heureux de retrouver un camarade, ancien cavalier qui, comme lui, avait fait sa demande "deux mois auparavant" pour passer dans l'infanterie. Ce fut le cas le 23 février 1915.


Ce sous-officier du 1er Cuirassiers est Henri Jean Désiré Lefebvre. En épousant la sœur de Desaubliaux en 1917, les deux amis deviendront beaux-frères. Merci à F. Danes pour son aide.
 

p. 139 (16 juillet 1915), le colonel M… :  le colonel Louis Henri Martenet (1862-1935), ci-dessous en lieutenant-colonel du 47e. Il était né à Decize (Nièvre), la même ville que Maurice Genevoix.


p. 140 (16 juillet 1915), affecté à la 3e Cie en remplacement du lieutenant Rochat, tué la veille : si Desaubliaux est bien affecté à la 3e Cie, par contre, aucun lieutenant ou sous-lieutenant n'a été tué en juillet 1915. J'ignore donc qui est le lieutenant Rochat, tué de la veille. Tout au plus peut-on suggérer que Desaubliaux remplace le sous-lieutenant Pavard passé, le 11 juillet, de la 3e à la 6e Cie, mais qui n'a pas été tué.


p. 147 (23 juillet 1915), Dranem l’ordonnance de Lefebvre :  l'auteur utilise une anagramme : Ménard.
Son prénom m'est inconnu.


p. 178 (24-25 septembre 1915), le commandant P… : l'initiale cache le chef de bataillon Auguste Louis Pourel, à la tête du 3e bataillon. Plus loin dans le récit, l’auteur le nommera Pelrou.

p. 178 (24-25 septembre 1915), commandant V… du 1er bataillon : chef de bataillon Jacques Vaginay.


p. 186 (26 septembre 1915), un commandant du 74e RI : Henry Aubry, le chef du 2e bataillon du 74e. 
Il sera tué le 4 avril 1916. Merci à Stephan 
pour cette information et la photo (ci-dessous en capitaine de la 8e Cie en 1912).


p. 187 (26 septembre 1915), adjudant Lepetit : antonyme facile pour l'adjudant Eugène Alfred Legrand, mort le 25 septembre 1915.

p. 193 (28 septembre 1915), lieutenant Tharol : le lieutenant Claude Thoral mourra le 29 janvier 1916.

p. 215 (décembre 1915), le capitaine Touras : le capitaine René Charles Touchard (1883-1961), qui a formé la compagnie de mitrailleuses et a demandé à Desaubliaux de diriger la première section.

p. 226 (21 janvier 1916), le capitaine RAYMOND commandant la 1ère Cie : capitaine Fernand Charles Auguste Brischoux (1890-1958). Le 28 janvier 1916, le Journal des Marches indique qu'il commande cette compagnie, mais trois pages plus loin, même journée, le Journal précise que c'est le lieutenant Thoral qui la dirige (et qui sera tué peu après).

p. 231 (28 janvier 1916), le capitaine GERMAIN commandant la compagnie de mitrailleuses : il s'agit du sous-lieutenant Jacques Edmond MATHIEU
*, nommé temporairement lieutenant en septembre 1915, commandant la compagnie de mitrailleuses.

p. 275 (3 avril 1916), le commandant Pelrou : anagramme de Pourel, le chef de bataillon que l'on a déjà rencontré sous les traits du commandant P.

 

* Rappelons que les patronymes similaires à des prénoms sont écrits en majuscules afin de les distinguer.

25 décembre 2025

"Ceux de 14" de Maurice Genevoix

Commençons par le plus facile car dans Ceux de 14 de Maurice Genevoix, je n'ai rien eu à faire, l’auteur s’en est chargé lui-même. En effet, dans ses archives ont été conservés deux feuillets sur lesquels Genevoix a établi une liste où il rétablit tous les noms en regard de ceux utilisés dans son œuvre. Et heureusement, car à part trois ou quatre officiers et soldats, personne n’aurait pu trouver qui se cache derrière tel ou tel militaire.
Né en 1890 à Decize dans la Nièvre, le sous-lieutenant de réserve Maurice Genevoix renforce la 7e Cie du 106e RI de Châlons-sur-Marne le 27 août 1914. Il combattra dans cette unité jusqu’à sa grave blessure d’avril 1915 à la tranchée de Calonne. 


C’est durant sa convalescence qu’il a entrepris la rédaction de ses récits de guerre à partir de ses carnets de route. On sait que Ceux de 14, paru en 1949, est la réunion en édition définitive de cinq ouvrages publiés entre 1916 et 1923. 

 

Réédité à de nombreuses reprises, l’édition qui nous occupe ici est celle publiée en 1998 par les éditions Omnibus.


En s’aidant de l’Annuaire de l’armée française en 1914 ou en ayant l’encadrement du 106e RI sous les yeux, on aurait pu trouver ou deviner sans trop de problème le vrai nom du capitaine Rive qui commande la 7e Cie du 106e, mais pour le reste, c’est impossible.
Comment deviner par exemple que le sergent Souesmes s’appelle en réalité Pierre Sigean (1889-1938, ci-dessous dans les années 1930) ?


Qui aurait trouvé que sous le nom de Gratien se cache un dénommé Chardonnier ?
Pour Rive, Genevoix a utilisé un synonyme : c’est le capitaine Alexandre Amédée Bord (1866-1944).
Seuls le sous-lieutenant Robert Porchon
(… 20/02/1915), ci-dessous en saint-cyrien, et deux ou trois soldats conserveront leur nom.


Il est heureux qu'un de ces deux feuillets figure dans l'édition Omnibus.

 

 

10 décembre 2025

Ellipses et initiales dans les témoignages de poilus

« Notre régiment, le n…e d’infanterie doit cantonner à X… au sud de S...
Avec le lieutenant P…, nous trouvons une grange pour dormir. »

Ces phrases, j’en ai lu des dizaines !

Quand on est un passionné de la Première Guerre mondiale et un grand lecteur de témoignages comme moi, il n’y a rien de plus énervant. Cette absence de précisions est particulièrement frustrante. Mais il y a plusieurs raisons à cela : éviter la censure, ne pas heurter la sensibilité des familles ou encore protéger les survivants. Il est vrai que relater la mort d’un soldat découpé en petits morceaux par un éclat d’obus est plus neutre avec l’initiale d’un nom ou un nom d’emprunt que le patronyme réel.
Dire que tel général est un vieux dégénéré passe plus facilement lorsque sa brigade ou sa division n’est pas nommée afin de ne pas être poursuivi. Certains officiers pouvaient encore être en poste dans l'armée ou avoir une influence. Le pseudonyme ou l'ellipse garantissait l'anonymat de l'auteur tout en lui permettant d'évoquer des abus de pouvoir ou des incompétences ; en quelque sorte, de régler ses comptes en toute impunité.


À travers quelques articles et au gré de mes lectures, je vais donc tenter (le 10 et le 25 de chaque mois) d’établir une chronologie quand il y en a besoin, une géographie quand il y a lieu, et, quand cela est possible, de mettre un nom sur un patronyme d’emprunt dans des ouvrages publiés après-guerre par les soldats eux-mêmes*. Vous pourrez alors, comme moi, annoter vos exemplaires au crayon ou imprimer mes notes et les glisser dans vos livres.


Pour mener à bien cette entreprise, j’aurai recours aux archives militaires disponibles sur internet à travers le site Mémoire des hommes (MdH) : la liste des soldats morts pour la France (ici le mot soldat s’entend pour toutes les armes et tous les grades) et le Journal des marches et opérations (JMO) de l’unité en question. L’historique du régiment et l'Annuaire de l’armée française me seront également très utiles, mais cette dernière source n'est valable que pour les officiers. Utiles également sont les dossiers de la Légion d'honneur en ligne dans la base Leonore des Archives nationales.
Parfois, la narration d’un autre soldat du même régiment permet de confirmer mes recherches. Ces écrits sont de toute sorte : correspondance, carnets de guerre, souvenirs, romans.

Il peut être facile de deviner le nom de l'officier qui se cache derrière une phrase telle que : "Je rencontre le colonel dans la rue" ou "je reste avec le capitaine dans son abri". Il suffit à tout le moins de connaître la compagnie du narrateur et de trouver l'encadrement du régiment à la période donnée.
Les recherches patronymiques les plus difficiles à trouver sont sans doute dans les romans car les noms sont le plus souvent changés. Parfois, les subterfuges se devinent. Des synonymes : Rive pour Bord (Genevoix, Ceux de 14) ; des antonymes : Lepetit pour Legrand ; des anagrammes : Roune pour Renou (Werth, Classe 1900), Dranem pour Ménard (Desaubliaux, La ruée), etc. Mais des Legrand et des Ménard, il y en a des centaines. La recherche s'avère alors compliquée, voire impossible. Tout comme l'est de chercher qui se cache derrière de tels surnoms : "Pied de biche" (Roger Labric, Classe 14), "Fil de fer" et "Tête de pipe" (Jacques LAURENT, Carnets de moleskine), Nick Carter (Paul Duval, Crapouillots), "Père Jules" (Maurice d'Hartoy, Au front), etc.
Enfin, je 
n'oublie pas qu'il ne faut jamais prendre pour argent comptant les faits, gestes et dires d'un auteur. Cela ne m'empêchera pas néanmoins de livrer mes notes.

 

* Dans mes articles, lorsque les patronymes sont similaires à des prénoms, ils sont écrits en majuscules afin de les distinguer.

18 novembre 2025

La Grande Guerre de Maurice Marland

Du côté de Granville, Maurice Marland (1888-1944) est une figure bien connue. Chef de la résistance locale, son exécution par les Allemands à quelques jours de la libération de la ville en a fait un martyr.
Un square et le lycée hôtelier de la ville portent son nom, mais personne ne connaît son action durant la Première Guerre mondiale. Dans quel régiment a-t-il servi ? Quels furent ses faits de guerre ? Je tente d'y répondre dans cette monographie d'une vingtaine de pages imprimée en un seul exemplaire et qui, comme les brochures précédentes, finira aux archives.

 

18 septembre 2024

Un poète qui porte bien son prénom

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage. Ce verset, que l’on a tous appris à l’école, est le premier vers du sonnet xxxi de Joachim du Bellay dont la tombe, découverte en 2022 à la croisée du transept dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, vient vraisemblablement d’être identifiée.

On savait que ce poète du xvie siècle – dont il faut prononcer le prénom Jo-a-chin et non Jo-a-kime – avait été enterré dans la cathédrale, mais sa tombe ne fut pas retrouvée en 1758 dans la chapelle Saint-Crépin où l'on pensait la localiser près de son oncle, le cardinal Jean du Bellay.

Ce n’est pas ici le lieu de retracer l’enquête qui a abouti à son identification. Ce qui est intéressant de noter, et qu'à ma connaissance personne n’a relevé, est que Joachim est un prénom issu de l’hébreu ancien que l'on pourrait traduire par « Yahweh (Dieu) met debout » ou mieux « ressuscité par Yahweh ».
On a retrouvé dans la Maison de Dieu la tombe disparue du poète ; il a été en quelque sorte « ressuscité » par Lui. Du Bellay porte vraiment bien son prénom !

 

18 juin 2024

Parution en deux exemplaires de ma Chronique de l'hôtel West End. Du Victoria aux années 1980.
D'un format 17x24, elle comporte une soixantaine de pages. Tout comme celle sur le Beau-Rivage, cette édition est privée et sera déposée ultérieurement aux archives départementales.

 

9 novembre 2022

Le Beau-Rivage : dater un cliché du photographe Jean Gilletta

Dans l'ouvrage Hôtels & Palaces - Nice, une histoire du tourisme de 1780 à nos jours, publié en 2019 par les éditions Gilletta, on remarque p. 54 la photo ci-dessous ainsi légendée :
« Jean Gilletta, Hotel Beau Rivage, vers 1900 ».
 

       cliché

Ce cliché fait partie de la collection des éditions Gilletta et est référencé comme tel dans la photothèque du site internet de cet éditeur [1].

La photographie illustre également une affiche promotionnelle pour l’hôtel Beau-Rivage sortie des ateliers photographiques Robaudy, à Cannes, à une date inconnue [2]. Elle était en vente il y a peu au marché des antiquaires du lundi sur le cours Saleya (au prix de 750 € tout de même) et chez un libraire niçois qui en possédait plusieurs exemplaires sous cadre que l’on pouvait acquérir pour 300 €, ce qui est plus raisonnable.

                110x75

Les archives départementales des Alpes-Maritimes possèdent à la fois une reproduction du cliché au format 75x45 daté « approximativement vers 1895 » [3], et une copie de l’affiche de dimension 100x75 millésimée « approximativement vers 1900 » [4]. On a pu voir il y a quelques années cette affiche légendée « circa 1895 » sur des sites de vente en ligne.

Signalons enfin que tout en conservant ses droits et sa plaque, le photographe Gilletta a peut-être vendu son cliché à l’imprimeur lyonnais Eugène Deloche, car cette vue existe également en tant que carte postale éditée par ce dernier et ainsi titrée : Nice – hotel beau rivage.

        DF1


Jean Gilletta

Aîné d’une fratrie de trois garçons, Jean Baptiste Gilletta est né à Levens le 1er mai 1856 dans une famille d’agriculteur. Très jeune, il devient à Nice l’assistant du photographe paysagiste Jean Walburg de Bray (né en 1839 à Orléans) qui le forme au métier. 

Jean Gilletta

C’est d’ailleurs cette profession que Jean Gilletta déclare lorsqu’il sera appelé sous les drapeaux dans les tout derniers jours de décembre 1877. Mesurant 1m75, ce qui est-dessus de la moyenne nationale à l’époque, il effectue son temps de service au sein du 111e régiment d’infanterie en garnison à Antibes qu’il quitte le 30 septembre 1878. Sans doute le soldat Gilletta a-t-il réalisé quelques clichés de caserne, mais ils nous sont inconnus à ce jour.

Lorsque Walburg de Bray délaisse Nice pour Cannes vers 1880, Jean Gilletta envisage d’acheter une partie du fonds de son ancien patron. Il crée une maison d’édition en 1881 avec pour associé un certain Paulin Gilly, puis seul, en 1889 : « Giletta éditeur photographe et photographe paysagiste à Nice » [5].

En 1897, il fonde avec ses frères une maison d’édition de cartes postales. C’est grâce à la diffusion sous cette forme qu’un grand nombre de ses clichés ont été mondialement connus. Photographe des villes et villages du Midi, des montagnes maralpines et savoyardes comme des paysages d’autres régions, Jean Gilletta a réalisé près de 8000 clichés durant sa carrière [6]. Décédé en février 1933, il est sans conteste et sans partage le photographe niçois le plus célèbre. 
 

Le Beau-Rivage

Hormis un mémoire pour la maîtrise d’histoire [7], l’hôtel n’a pas encore fait l’objet d’une monographie officielle [8]. Le Beau-Rivage a ouvert ses portes en janvier 1880 dans une maison érigée au début des années 1830 par le comte Louis d’Ongran, consul (maire) de Nice en 1828.

Victoire Schmitz

Propriété de Victoire Schmitz (v. 1814-1901), qui possède également l’Hotel des Étrangers et le Grand Hotel, le Beau-Rivage occupe l’angle sud-est (boulevard du Midi/rue Bréa) d’un îlot composé de quatre maisons contiguës. On appelait maison ce que l’on nomme aujourd’hui immeuble. Il n’était pas rare en effet de voir des particuliers fortunés se faire construire une demeure de quatre ou cinq niveaux. Chacun des trois enfants du comte d’Ongran avait ici son étage. Le rez-de-chaussée comprend la salle de réception, l’écurie et la remise pour le fiacre ; les combles servent au logement du personnel. Cette acquisition permet à Mme Schmitz d’avoir un établissement avec vue sur la mer. 

En 1883, elle loue la maison positionnée à l’angle du boulevard du Midi et de la rue Van Loo à Stéphanie Gilly, sœur de Jules Gilly – l’éphémère édile de Nice dont une artère au bout du cours Saleya rappelle le souvenir – , avant d’acquérir en 1892 une maison élevée de deux étages en 1834 par le comte Caissotti de Roubion à l’angle des rues Saint-François de Paule et Bréa. 

De retour d'un pélerinage à Rome en novembre 1887, la jeune Thérèse Martin, qui n'est pas encore Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus et pas plus connue sous le futur nom de Thérèse de Lisieux, y passe une nuit. Lorsqu’ils se rendent à Nice entre 1887 et 1890, les ministres de la Guerre successifs descendent au Beau-Rivage ; Anton Tchekhov y séjourne à deux reprises, en avril 1891 et octobre 1894. De nos jours, l’immeuble existe toujours mais l’hôtel a définitivement abandonné la maison sud (devenue la Résidence Beau-Rivage) au début des années 1980 et n’a rouvert qu’en 1987 avec une entrée sur l’arrière.

 

DESCRIPTION D’ENSEMBLE 

Il fut un temps où cet hôtel, et encore plus la Jetée-Promenade visible en arrière-plan, étaient fréquentés par l’aristocratie et la haute société. Ils étaient tous deux le sujet de nombreuses photographies éditées en cartes postales et, en prenant comme sujet l’hôtel, un photographe n’omettait pas d’y adjoindre le Casino sur pilotis. Démantelé par les Allemands en 1944, on connaît la triste fin de la Jetée-Promenade. Ce n’est pas le lieu de conter son aventure : le bâtiment et son histoire ont été la matière de plusieurs expositions et conférences et le thème de maints travaux [9].

échelle

L’angle de prise de vue est idéal : monté sur une grande échelle comme sur la photo ci-contre, Jean Gilletta ou son assistant capture à la fois l’hôtel et la Jetée-Promenade, présentant leur plus beau profil, celui que l’on verra le plus souvent en photos et en cartes postales. Pour le Beau-Rivage, c’est aussi celui de l’hôtel original.

Cinq personnes, dont au moins deux employés reconnaissables à leur tablier blanc, posent pour la caméra devant l’entrée principale. Sur la promenade, huit personnes sont présentes dont deux regardent le photographe. Parmi ces deux, un homme sur un banc au dossier réversible avoisine une femme de noir vêtue – est-elle en deuil ? – contemplant la mer ; les autres regardent l’hôtel. D’après la projection de leur ombre, courte et en direction du nord, il pourrait être midi.

       gp 

Toutes les fenêtres des chambres de l’hôtel Beau-Rivage donnant sur la rue Bréa sont fermées. De part et d’autre de l’entrée deux véhicules sont à l’arrêt : passé et présent, tradition et modernité, hippomobile et automobile. L’omnibus est prêt à partir chercher des clients à la gare, et les deux chevaux (dont un seul est visible sur la photo) n’attendent que le coup de fouet du cocher installé sur son siège. Derrière l’omnibus, un vieil homme fixe l’objectif.

Les palmiers cachent la vue de la Promenade des Anglais et ne permettent pas de voir distinctement quel établissement se trouve sur l’emplacement de l’actuel hôtel Méridien.

Les fenêtres et mansardes permettent cependant d’identifier l’Hôtel des Anglais.

 

DATATION DE LA PHOTOGRAPHIE

Contrairement à ce qu'on lit souvent, l’Hôtel des Anglais n’a pas été rasé en 1909 pour laisser place au Ruhl.
Nagel
Situé au 1, promenade des Anglais et dirigé depuis 1892 par l’Allemand Hugo Nagel (1855-1927) ci-dessus, il est encore référencé dans l’annuaire en 1911 ainsi que d
ans le recensement de la ville de Nice la même année [10]. L’Hôtel des Anglais fait paraître des publicités dans la presse locale jusqu'en avril 1911 avant d’être racheté par Henry Ruhl sept mois plus tard. La démolition eut donc lieu au cours de l’année 1912.

Sur le boulevard du Midi, les balcons du deuxième étage du Beau-Rivage ont été posés au tournant du siècle et constituent le premier indice d’une date postérieure à 1895. Ce qui nous amène à nous interroger sur la date de prise de vue.

L’automobile à l’angle de la rue Bréa pourrait être une Panhard & Levassor Marquise 1908 ou mieux une Fiat 24-40 HP. Avec un avant particulièrement bas et deux portes vitrées à l’arrière, cette voiture fabriquée à Turin à partir de 1906 était très prisée des grands hôtels européens au début du xxe siècle. Elle appartient au Grand Hotel dont l’inscription est bien lisible sur son pavillon. Sa conduite est à droite, comme c’est alors l’usage. 1906 ou 1908, autre indice de datation.

Sous le balcon du premier étage du Beau-Rivage, on distingue une grande marquise. Or, celle-ci a été placée après le 12 juillet 1907, date d’autorisation de la demande (agrémentée du dessin ci-dessous) déposée en mairie douze jours plus tôt [11] par Paul Schmitz, le nouveau propriétaire de l’hôtel depuis le décès de sa grand-mère Victoire Schmitz. 

                                Marquise

 À défaut d’être plus précis, nous pouvons néanmoins affirmer que la photo de Jean Gilletta a été prise entre juillet 1907 et 1912.
 

Merci à R. P. pour son aide.


[1] Il a été ajouté à notre demande (octobre 2022).

[2] Il existe deux exemplaires de cette affiche reproduisant la même image. Dans la seconde version, plus récente, le texte vantant l’hôtel est étalé sur quatre lignes : « En plein midi au bord de la mer / Concerts dans le Grand Hall / Appartements avec bains & toilette / Ascenseurs – chauffage central ». Le Beau-Rivage a disposé d’un deuxième ascenseur avant 1908.

[3] Archives départementales des Alpes-Maritimes (à présent ADAM), 49FI 0112.

[4] ADAM, 06FI 2247.

[5] Depuis sa collaboration avec Paulin Gilly, Jean Gilletta avait supprimé un l à son nom.

[6] Jean-Paul Potron, Jean Gilletta, photographe de la Riviera, éditions Gilletta-Nice-Matin, 2009.

[7] Première analyse économique de l’hôtel Beau Rivage (1882-1969), mémoire pour la maîtrise d’histoire, sous la direction de Ralph Schor, université de Nice, octobre 1988.

[8] Rappelons que notre travail, Le Beau-Rivage. Chronique d’un hôtel niçois des origines à nos jours, est inédit.

[9] Voir notamment, Jean-Paul Potron, Le Casino de la Jetée-Promenade, éditions Gilletta, 2014.

[10] ADAM, 06M 0149.

[11] Archives municipales de Nice, 2 T 214-558.

22 septembre 2022

Chronique de l'hôtel Beau-Rivage (nouvelle édition)

Une nouvelle impression de ma Chronique de l'hôtel Beau-Rivage est sortie des presses aujourd'hui. D'un format plus grand (17x24) que l'édition originale, cette nouvelle version comporte une quinzaine de pages supplémentaires.
Seuls deux exemplaires ont été imprimés.

15 juin 2022

Le séjour de Matisse au Beau-Rivage

Tiré de mon ouvrage inédit Le Beau-Rivage. Chronique d'un hôtel niçois des origines aux années 1980, mon article « À propos du séjour d'Henri Matisse à l'hôtel Beau-Rivage »  n'intéresse pas le musée Matisse de Cimiez qui édite pourtant une publication genre Revue des études matissiennes
Il est vrai que les historiens, ceux de l'art comme les autres, pratiquent généralement l'entre-soi lorsqu'il s'agit de publication, et le texte d'un "simple employé d'hôtel" que je suis ne peut guère être pris au sérieux. C'est bien dommage ! J'apportais pourtant de nouveaux éléments : localisation de sa chambre, confrontation de ses dires sur la météo, etc. 
Moins regardante sur l'origine et la sociologie de ses contributeurs, l'excellente revue maralpine Recherches régionales était intéressée mais c'est moi qui ai finalement renoncé. Il faut dire que j'utilisais sans autorisation les tableaux du peintre ; et mon texte, sans ces photos, ne donne pas la même saveur et ne rend pas le même visuel. Sans doute que cette difficulté aurait été levée avec la revue du musée Matisse.
Voici le début de mon article :

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Il finira certainement un de ces jours aux archives départementales.

1 février 2022

Chronique de l'hôtel Beau-Rivage

Aujourd'hui paraît à titre tout à fait confidentiel mon nouvel ouvrage. Confidentiel, car imprimé uniquement en quatre exemplaires, ce petit livre de 113 pages (au format 15x21) non mis à la vente contient des photos dont je n'ai pas demandé les droits. J'ai offert les trois premiers exemplaires et envisage de déposer ultérieurement le dernier aux archives départementales.                             

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7 janvier 2019

Recension dans la revue Félibrige

Alain Costantini, majoral du Félibrige, a fait une recension de mon Lionel des Rieux dans le dernier numéro de la revue Félibrige ("Lou Felibrige" - La revisto n° 310 - janvié-febrié 2019).

n° 310


Sur le site Felibrige.org, on trouve le résumé suivant : 

Lionel des Rieux, Vie et mort d’un poète
Lionel des Rieux, à l’état civil Pierre Sarlandie, est inscrit sur le Livre d’or de Santo-Estello. Condisciple de Charles Maurras au collège catholique d’Aix, il suivit le Martégal en politique, en littérature et au Félibrige. Il est considéré comme un bon poète français. L’auteur, Olivier Gaget, est un spécialiste d’histoire militaire –  Edilivre – 29 €. On peut le commander dans toutes les librairies.

23 juillet 2018

Vie et mort d'un poète

Vie & mort d'un poète

Parution de Lionel des Rieux, vie et mort d'un poète, mon dernier ouvrage publié chez Édilivre. De son enfance aixoise à sa mort sur les champs de bataille, en passant par la retranscription de son carnet de guerre, voici la biographie de ce poète de l'École romane, membre de l'Action française et ancien condisciple de Maurras au collège catholique d'Aix.

2 mai 2018

Les notes de Joseph Geay durant son service millitaire

Le nouveau numéro de Roudoule, journal de l’écomusée en terre gavotte, paraît ces jours-ci avec ma nouvelle publication : la présentation et la retranscription du cahier de Joseph Geay, conscrit rostagnois. Ce n'est pas un énième carnet de guerre mais bien le cahier de notes prises par un natif de Puget-Rostang durant son service militaire.

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Le texte publié dans ce numéro commence le 26 novembre 1913, jour de son incorporation au 112e d'infanterie. Il se termine le 31 juillet 1914 alors que les soldats rentrent en catastrophe à Toulon : la Grande Guerre n'est plus très loin.

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5 juillet 2016

Interviewé par Information juive

Victor Malka, que j'ai eu le plaisir de rencontrer à Nice lors du dernier salon du livre qui s'est tenu du 5 au 7 juin dernier, m'a interrogé pour Information juive sur mon livre Les poilus juifs d'un régiment provençal. Son interview paraît dans le n° 361.

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28 décembre 2015

Une recension dans Genealo-J

Généalo-J, la Revue française de généalogie juive, consacre son numéro hivernal (n° 124) qui vient de paraître à la Première Guerre mondiale. Bernard Lyon-Caen recense mon livre aux pages 55 et 56.

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3 octobre 2015

Compte rendu dans la revue SENS

La revue SENS (Juifs et Chrétiens dans le Monde d'aujourd'hui) vient de publier dans son n° 402 (septembre-octobre) un compte rendu de mon livre.
Du à la plume d'Yves Chevalier, il se trouve aux pages 700-701.

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10 juillet 2015

Les Juifs de Nice morts pour la France

Nice et la Grande Guerre. De l'accueil à l'entraidele nouveau numéro de Nice Historique parait aujourd'hui. 

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Mon article "À nos morts glorieux. Les Niçois de confession juive morts pour la France" se trouve aux pages 112 à 141. Il relate le parcours de chacun des dix-huit Juifs de Nice morts durant ou après la Première Guerre mondiale.
Voici la liste de ces "morts glorieux" :

Lucien BAMBERGER
Léon DEBENEDETTI
Benjamin GOLBERG
Joseph GUETSCHEL
David Raphaël LÉVY
Léon LÉVY
Georges Nathan LUNEL
Yves Pierre Daniel MAYRARGUE
Albert Moïse MESSIAH
Adolphe MOSSÉ
Isaac MOSSÉ
Raoul MOSSÉ
Maklouf René SAMAMA
Donat Nathan SCEMAMA
Maxime SOUSMAN
René SOUSMAN
Nathan TEBOUL
Richard Joseph VALLOBRA

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27 février 2015

Lionel des Rieux, mort il y a 100 ans

J'ai aujourd'hui une pensée pour Lionel des Rieux, sous-lieutenant au 112e d'infanterie. Poète et dramaturge, il fut tué le 27 février 1915, il y a donc cent ans jour pour jour, peu après 14h [à l'heure où je publie ce message] dans le bois de Malancourt en entraînant ses hommes à la conquête d'une tranchée allemande. Je prépare une biographie à son sujet.

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14 février 2015

Nice Historique, juillet-décembre 2014

Dans le double numéro 3-4 (daté de juillet-décembre 2014) de Nice Historique mais paru que ce mois-ci, une recension de mon livre a été faite par Nadine Bovis, p. 270-271.

 

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On lui pardonnera l'erreur, qui n'est pas de son fait, de nommer Roch hacha le Jour de l'An juif, et non Roch hachana.

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19 décembre 2014

Marianne

Le magazine Marianne parle de mon dernier ouvrage dans son ultime numéro de l'année qui paraît ce jour :

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28 novembre 2014

Rencontre avec Jean-Yves Le Naour à Monaco

Dans le cadre d'une exposition et d'un cycle de conférence donnés à l'Auditorium de Monaco, j'ai eu grand plaisir à rencontrer aujourd'hui Jean-Yves Le Naour. 

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L'historien marseillais, qui a préfacé mon livre sur les poilus juifs du 112e RI et qui fut l'un des premiers à citer mon livre du capitaine Rostin, intervenait sur La légende noire des soldats du xve corps avec, comme support, des planches de sa bande dessinée La faute au Midi. 

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Après la conférence, j'en ai profité pour me faire dédicacer quelques-uns de ses ouvrages qui trônent dans ma bibliothèque.

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27 novembre 2014

Une biographie sur Lionel des Rieux

C'est très tôt ce matin que je me suis enfin décidé à écrire la biographie du poète Lionel des Rieux (1870-1915), mort pour la France en février 1915. Je dis "enfin" car cette envie me taraudait en réalité depuis quelques années. Mais si j'amasse de la documentation et fais des recherches à son sujet depuis 2005, j'avoue que la tâche sera ardue car je ne suis pas un critique littéraire.

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12 novembre 2014

une mention sur le site du CRIF

Au lendemain de l'Armistice, le CRIF mentionne mon ouvrage sur une page de son site :

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11 novembre 2014

D'un fonds d'archives à l'édition : parcours d'un document

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 Il y a six ans jour pour jour, 11 novembre 2008, pour le 90e anniversaire de l'Armistice, je présentais Un officier du 15e corps. Carnets de route et lettres de guerre de Marcel Rostin (1914-1916), dans une librairie de Forcalquier (voir ici). Aujourd'hui, 11 novembre 2014, année du Centenaire du déclenchement de la Grande Guerre, je récidive en intervenant aux archives municipales de Nice dans le cadre de l'atelier "Autour de Jules Belleudy".
Après la présentation de ce personnage et du fonds qui porte son nom par l'archiviste Nadine Bovis-Aimar, j
e relate mon expérience personnelle : comment d'un fonds d'archives un document devient un livre publié. 

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Mon propos n'était pas de parler de l'affaire du 15e corps, encore moins de la guerre proprement dite, mais plutôt de raconter comment j'ai connu le témoignage du capitaine Rostin à travers le fonds Belleudy, puis de détailler tout le travail de retranscription, d'annotations et de recherches entrepris. À l’issue de mon intervention, j'ai inévitablement été interrogé par le public (une quinzaine de personnes) sur l'Affaire

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23 octobre 2014

L'écho des carrières

Pour la promotion de mon livre, j'ai été interrogé en avril dernier par Roselyne Anziani, la très sympathique et dynamique présidente de l'ACJP, l'Association culturelle des Juifs du Pape. Avec un peu de retard, l'interview paraît ce mois-ci dans le nouveau numéro de la revue L'écho des carrières (n° 75, juin 2014, p. 49-53). 

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1 - Quelles sont l’origine et les raisons de votre intérêt pour, d’une part les soldats du 112e régiment d’infanterie d’Antibes, et d’autre part la période de la Grande Guerre ?

Je vais dans un premier temps répondre à la seconde partie de votre question : mon intérêt pour la Première Guerre mondiale. À la fin des années 80, un collègue de travail m’a fait découvrir Orages d’acier d’Ernst Jünger, sans doute le soldat allemand le plus connu en France. J’ai prolongé ma lecture de guerre avec les autres écrits de cet auteur, si bien qu’à l’époque, mes références littéraires étaient allemandes ! Mais c’est à partir de 2001, lorsque je découvre qu’un arrière grand-oncle est mort à la guerre, que je me passionne réellement pour cette période de notre histoire nationale.
Pour ce qui est de la première partie de votre question – pourquoi le 112e ? – je dois d’abord dire que je n’ai aucune attache familiale avec ce régiment. Si mon grand-père maternel a fait la guerre de 14 et l’un de mes arrières grands-oncles est mort pour la France en 1915, ils appartenaient tous deux à des régiments sarthois. C’est au début de mes recherches sur L’affaire du 15e corps que je suis tombé sur la copie des carnets de route de Marcel Rostin, un officier du 112e d’infanterie qui appartenait à ce corps d’armée. Petit à petit, je me suis intéressé à ce régiment ; et comme je me suis attaché par la suite à cet officier, on peut dire qu’en quelque sorte je me suis créé une filiation. 

2 - Pourquoi cibler votre recherche sur les poilus juifs ?
Cela s’est fait naturellement. Je dirai que cette recherche est venue à moi plutôt que le contraire. Ce sont les poilus juifs qui sont « venus me chercher », si je peux me permettre. Je vous vois sourire, alors laissez-moi vous expliquer.
Je venais de créer un site internet sur le 112e d’infanterie – il n’existe plus à présent – lorsque je fus contacté en mai 2006 par le petit-fils d’un combattant de ce régiment qui détenait le carnet de route de son aïeul, Maurice Bertman. J’étais d’autant plus intéressé par ce texte que je préparais à l’époque une édition des carnets et lettres de Marcel Rostin, cet officier dont je viens de vous parler. La première surprise fut de découvrir que les deux hommes avaient été dans la même compagnie, l’un au service de l’autre et le premier citant même son supérieur dans son journal. La seconde surprise, ce qui nous amène directement à votre question, se révéla quelques pages plus loin : dans l’un des feuillets ce soldat évoque sa rencontre avec Raoul Hirschler, l’aumônier israélite du 15e corps dont dépendait le 112e. De plus j’avais déjà croisé à plusieurs reprises dans les lettres de Rostin le nom et l’évocation d’un autre combattant juif : le sous-lieutenant Bokanowski, député de la Seine. Je désirais alors en savoir plus sur les soldats juifs et leur rapport avec la religion en pleine guerre. 

3 - Vous dites avoir eu la chance de réunir les journaux de guerre de trois combattants juifs appartenant au 112e. Comment cela s’est-il fait ?
Une copie du journal de campagne de Maurice Bertman m’a été donnée par son petit-fils. Pour Roger Rebstock, c’est son fils qui m’adressa une retranscription des pages de son carnet de route. Enfin, le témoignage de Maurice Bokanowski m’a été communiqué par une personne qui lui avait consacré un mémoire de maîtrise. Je n’ai donc jamais eu véritablement les carnets entre les mains durant mes recherches, même si par la suite j’ai pu voir ceux de Rebstock. 

4 - Ce sont donc ces trois carnets réunis, ajoutés à votre intérêt pour l’histoire des Juifs, qui ont décidé de l’orientation de vos recherches…
C’est en fait l’inverse : mon intérêt durable pour l’histoire juive, ajouté à la réception d’un premier carnet ont orienté mes recherches pour la suite. Peu après, j’ai senti que j’avais dans les mains quelque chose de très intéressant à exploiter. Je me suis laissé guider et le reste est venu. 

5 - Comment avez-vous identifié les poilus de confession ou d’origine israélite ?
Je possède la liste de tous les tués ou morts de maladie du régiment. J’y ai donc cherché dans un premier temps tous les noms juifs ou susceptibles de l’être. Le Livre d’or du judaïsme algérien (1914-1918) paru en 1919 et celui d’Albert Manuel, 1914-1918 : Les Israélites dans l’armée française, publié en 1921 ont été ma seconde source. J’ai ensuite dépouillé la presse juive : L’Univers israélite, Archives israélites et Le volontaire juif. Enfin, il m’a fallu logiquement élargir la recherche avec les soldats qui ont survécu au conflit.

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Sachant bien qu’un même patronyme peut être porté à la fois par un Juif et un non-Juif, c’est dans les registres matricules des conscrits que, par grâce à l’identité des deux parents et à leurs prénoms hébraïques, j’ai pu affiner ma sélection.
Je ne prétends pas avoir recensé tous les soldats juifs ayant combattu au sein du 112e. Il eut fallu pour cela éplucher les registres matricules de tous les soldats de la guerre, tâche évidemment impossible à réaliser. Mais le régiment ayant caserné à Antibes jusqu’en avril 1914, j’ai examiné aux Archives départementales des Alpes-Maritimes tous les volumes des classes 1903 à 1914. 

 6 - Combien en avez-vous recensé ?
49. Je comptabilise même des fantassins incorporés durant quelques jours. Parmi eux, quinze sont morts au 112e, deux dans une autre unité. 

7 - Vous avez évoqué au début de notre entretien l’affaire du XVe corps. Pouvez-nous nous en dire un mot ?
Après avoir subit de très lourdes pertes - plus de 4 000 soldats tués entre le 10 et le 20 août 1914 - les Provençaux ont été accusés, dans un article paru le 24 août 1914 dans Le Matin, d’avoir « lâché prise devant l’ennemi » en Lorraine. Cette accusation portée injustement à l’encontre des Provençaux, et qui servait en réalité à dédouaner le commandement militaire, créa une très vive émotion dans tout le Midi. Les soldats originaires de la 15e région militaire furent victimes de nombreuses brimades et vexations (refus de soins, etc.).

 8 - La volonté de réhabiliter les Méridionaux du 15e corps, frappés d’un racisme intérieur, a-t-elle été déterminante ?
Non, absolument pas. Il n’y a pas de rapport entre cette histoire et les soldats juifs. Un de ceux-ci, Maurice Bertman, écrit même ce commentaire peu amène à l’encontre du régiment de Marseille : « Nous avons repris une tranchée française que les Allemands ont pris au 141e sans coup férir car ces lâches se sont rendus sans défense alors qu’ils pouvaient repousser l’attaque. Et ce sera à eux que le XVe corps devra sa mauvaise réputation ». On voit là que ce soldat prend bien soin de se démarquer de ses compatriotes du Midi. 

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9 - Le 112e  rassemblait donc des combattants de tous horizons...
C’est exact. Car paradoxalement, la plus grande part de ces soldats incorporés dans un régiment provençal n’est pas originaire de Provence. C’est pour cela que j’ai intitulé mon livre Les poilus juifs d’un régiment provençal et non Les poilus juifs de Provence dans l’infanterie. Il y a des Juifs algériens et des engagés de l’Europe de l’Est. Pour ce qui est de la Provence, les natifs ou résidents de Marseille sont les plus nombreux. 

10 - Quelles sont les sources qui vous ont permis de détailler le parcours de cette unité, en particulier les batailles auxquelles ont participé ces soldats ?
Toute personne qui souhaite enquêter sur un soldat et/ou son unité doit aller à la recherche de quelques pièces fondamentales. Je pense tout d’abord à l’historique régimentaire que le journal des marches et opérations (JMO) viendra rapidement compléter. Véritable carnet de bord du régiment, le JMO relate les événements vécus au cours d’une campagne. Autre pièce militaire à ne pas négliger : l’état signalétique et des services. Plus connu sous le nom de registre matricule, il est au soldat ce que l’historique est au régiment. 

11 - Cependant votre ouvrage ne se limite pas au récit des combats, vous y abordez beaucoup d’autres sujets qui ont impliqué de votre part des recherches approfondies, en particulier dans le domaine de la pratique religieuse.
Je pense m’être beaucoup investi intellectuellement pour cet ouvrage ; et afin de mieux vous le faire comprendre, je vais employer une métaphore : tel un acteur qui sillonnerait les routes de France sur son vélo afin de s’imprégner de son futur rôle de champion cycliste, je me suis plongé durant plusieurs années dans l’histoire et la religion juives. À ce sujet, j’ai lu la parasha et la haftara* chaque semaine pendant deux ans en même temps que je lisais une grande quantité d’ouvrages sur l’antisémitisme ; et j’ai aussi appris à déchiffer l’hébreu biblique. Bref, je voulais vraiment, mais peut-être naïvement, m’imprégner de toute cette culture, de cette tradition et de cette histoire juives. Mais là où l’acteur quitte son vélo – pour reprendre l’exemple du cycliste – après avoir tourné le film, mon imprégnation fut, plutôt, est toujours, plus profonde de ma part. Ce n’était peut-être pas nécessaire pour mon livre mais je ne voulais pas passer outre. Je ne regrette rien. Ce temps d’étude, ce temps de limoud comme disent les rabbins, m’a été d’une grande richesse. 

12 - Au chapitre 5, vous livrez les impressions et les sentiments exprimés dans leur carnet par ces trois soldats. Dans ce domaine, les Juifs étaient-ils différents des autres ?
Leur façon de raisonner serait-elle différente parce que Juifs ? Je ne le pense pas. Ces trois combattants qui livrent leurs impressions, s’ils sont Juifs, se considèrent avant tout comme Français. La citoyenneté prime sur la religion. Toutefois, on surprendra Maurice Bertman écrivant ce ressenti : « Notre régiment compte nombre de coreligionnaires cités à l’ordre pour faits de guerre ce qui rehausse beaucoup notre renommée ».

                 Renommée

Leur attitude sous le feu serait-elle moindre parce que de confession israélite ? Au contraire ! S’ils tenaient à prouver à leurs détracteurs qu’ils étaient de « vrais Français », ils se sentaient eux-mêmes Français. Aussi, il me semble que les récits de ces soldats pourraient s’appliquer à n’importe quel poilu et s’identifier avec la grande majorité des publications existantes. 

13 - Quelle est la part de l’antisémitisme que vous avez perçu au sein du régiment durant le conflit ?
Dans les documents que j’ai consultés (correspondances, journaux) et qui auraient pu me renseigner à ce sujet, je n’ai perçu aucun antisémitisme. L’union sacrée semble avoir joué pleinement. 

14 - Le travail de l'historien vient renseigner l'histoire familiale et, à l'inverse, les témoignages familiaux viennent enrichir votre travail. Comment se sont passés les contacts avec les familles ?
L’accès aux sources familiales, donc privées, ne fut pas toujours facile. J’ai du relancer plusieurs fois telle ou telle personne afin d’obtenir sa confiance, attendre de longs mois et patienter avant de recevoir une réponse, pas toujours positive. Aussi, lorsque les descendants se livrent, que l’un d’entre eux me fait profiter des carnets de son père, quelle récompense alors ! Avec les documents que l’on m’a donnés et les informations que l’on m’a communiquées j’ai pu avancer dans mes recherches. 

15 - Vous avez déjà publié un livre sur un officier du 112e RI. En quoi cette nouvelle publication est-elle différente ?
Dans mon ouvrage paru en 2008 et intitulé Un officier du 15e corps. Carnets de route et lettres de guerre de Marcel Rostin (1914-1916), je n’ai fait que retranscrire, annoter et présenter des carnets. Celui qui parle c’est Rostin. Avec ce nouveau livre, je voulais passer de la transcription annotée à quelque chose de différent. Et si je donne très souvent la parole aux combattants juifs, je pourrais presque dire que ce n’est qu’un prétexte. La prise de parole de ces soldats sert de fil conducteur à cette étude. Car c’est réellement une étude dans le sens où « j’étudie » ces hommes : comment prient-ils, comment pensent-ils et combattent-ils, combien mesurent-ils, quel métier exercent-ils, etc. 

16 - Pourriez-vous nous décrire ce qui vous a le plus marqué ou surpris, au cours de votre recherche ?
Pris dans le sens positif du terme, ce qui m’a le plus surpris c’est bien évidemment le fait d’avoir obtenu trois journaux de poilus juifs. Trouver des carnets d’un même régiment, ce n’est pas rare mais pas fréquent non plus, mais obtenir trois carnets de poilus juifs issus d’une même unité, c’est vraiment incroyable ! Pris dans le sens négatif du terme, c’est le fait d’avoir eu parfois des portes fermées. Mais c’est le lot de tout chercheur. 

17 - Avant de démarrer notre entretien vous m’avez dit : « On écrit d’abord pour soi, c’est ensuite que l’on décide de publier », que vous a apporté ce travail ?  
La fortune et la gloire (rires). Plus sérieusement, je voulais faire connaître la vie quotidienne des Juifs dans les tranchées. Ce qui m’a sans doute le plus enrichi, c’est l’échange de documents et d’informations avec les descendants directs de ces combattants. Mon but sera atteint lorsque d’autres découvriront le parcours de leurs ancêtres. Qu’ils n’hésitent pas à me contacter ! 

*
 La parasha est la section hebdomadaire de lecture de la Torah. Elle est complétée par la haftara, un extrait du Livre des prophètes, qui est choisi en écho et contre-point du discours de la parasha.

14 octobre 2014

Un article dans Haboné

Le nouveau numéro d'Haboné (n° 182, septembre-octobre 2014), le mazagine de la communauté juive de Marseille et de sa région, vient de sortir. Un bel article de M. Daniel Darmon signale mon bouquin p. 39

Haboné

6 octobre 2014

Critique libre de mon livre

Jules Romans vient de recenser mon livre sur le site Critiquelibres.com :

Juif et Provençal deux superbes tares pour certains nationalistes de la Belle Époque, Zemmour rappelle-toi de tous ces "je t'aime"

Philippe-E. Landau dans " Les Juifs de France et la Grande Guerre" avait montré le patriotisme des juifs français (issus du sol hexagonal ou d'Algérie) et étrangers durant la Première Guerre mondiale auquel même Barrès avait rendu hommage. Ici Olivier Gaget s’attache à décrire le parcours précis des combattants israélites du 112e RI basé dans le Var à la Belle Époque. 

Sachant Maurras né à Martigues (ce que le préfacier Jean-Yves Le Naour omet de préciser), on rit de cette réflexion de Gaston Méry (mort en 1909) datant de 1892 au sujet des Juifs et des Méridionaux :

« L’un et l’autre se ressemblent comme deux jumeaux. Comme les juifs ils sont mêlés à nous mais comme les juifs on les distingue au premier coup d’œil. Leur accent, leur manque de tact, je ne sais quoi émane d’eux, quelque chose de faux, d’outré, d’agaçant et de répugnant les font reconnaître, comme une odeur d’ail ».

Il suffit de rappeler la grave accusation lancée par le sénateur de la Seine, Auguste Gervais, dans un article du 24 août 1914 : le 15e Corps d’armée aurait reculé devant l’ennemi à Dieuze en Lorraine pour savoir que la presse nationaliste en veut bien plus aux troupes provençales qu’aux coreligionnaires de Dreyfus au début du conflit. 

Pour ceux dont le nom est encore inscrit sur une plaque dans une synagogue, c’est le cas de 18 Niçois, l’identification était aisée ; elle fut beaucoup plus difficile pour d’autres aux prénoms d’un usage courant. La page 230 nous livre la trentaine de noms de poilus israélites dont Olivier Gaget a tenté de reconstituer l'ensemble de la vie et le parcours durant la Grande Guerre. Peu d’entre eux étaient des naturalisés issus de l’empire russe (Pologne comprise). L'auteur s'est appuyé sur trois carnets de guerre de ces poilus afin de reconstituer ce passé. 

Ce livre est à offrir en particulier à Éric Zemmour, qui nous désinforme au sujet de la protection qu’auraient reçue les juifs français de la part de Vichy**. On y voit en particulier que l’officier de l’armée de l’air Maurice Bertman est obligé de se cacher durant toute l’Occupation afin d’échapper aux rafles et que le commandant Abraham Georges Ascoli (qui sert au 112e RI de juin 1918 à mars 1919) meurt à Auschwitz. René Hirschler, le fils du rabbin du 15e corps d’armée (auquel appartient le régiment étudié), est arrêté à Marseille et décède en déportation. Marc Robert Cassin musicien-brancardier (cousin de René Cassin) vit dans la clandestinité et voit son père et sa sœur mourir en déportation… Au fait "rappelle-toi de tous ces je t'aime" est la première phrase du refrain d’une chanson. 

Le personnage le plus connu est sans contexte Moïse (devenu Maurice en 1903) Bokanowski né au Havre en 1879, franc-maçon du Grand Orient. Avocat, il est élu en 1914 député radical d’Asnières et Saint-Ouen. Partisan de la loi des trois ans de service militaire, il évolue du centre-gauche vers le centre-droit après-guerre. Son fils fut également député-maire d’Asnières. Cet ouvrage est le fruit de réelles recherches et comme souvent la micro-histoire rigoureusement menée permet d'éclairer la "grande histoire".

**
Précision : l'allusion à Éric Zemmour fait suite à son dernier livre Le suicide français qui vient de paraître et fait polémique au moment de la rédaction de cet article.

25 septembre 2014

La Provence dans la Grande Guerre

Un numéro hors-série de La Provence consacré à la Première Guerre mondiale paraît ce jour. 

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 Intitulé 14-18 : La Provence face à la Grande Guerre, une mention (p. 133) est faite de mon livre

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23 septembre 2014

Interview pour le site culture-com.06

J'ai été interrogé par le webmaster du site culture-com.06. L'interview paraît ce jour :

Olivier Gaget : « L’union sacrée a réellement joué durant la Grande Guerre »

- Olivier Gaget, vous êtes l’auteur du livre “Les Poilus juifs d’un régiment provençal”. Quelle a été leur participation à la Grande Guerre ?

Olivier Gaget : Comme leurs compatriotes des autres cultes, les Juifs de France ont participé à toutes les batailles de la Grande Guerre, et ceux du 112e d’infanterie ˗ régiment constitué de Provençaux ˗ n’ont pas fait exception. Les Juifs de ce régiment venaient principalement de la Provence, d'Algérie mais il y a également eu, à partir de 1915, ceux provenant d’Europe de l’Est.

- Pouvaient-ils pratiquer leur religion sur le front ?

O. G. : S’il leur était impossible de pratiquer correctement leur religion au front, ils n’en oubliaient pas pour autant les grandes dates du calendrier hébraïque. Précisons que le consistoire avait eu la bonne idée de leur distribuer « La Tefila du soldat », livre de prières à l’usage des combattants israélites. Les Juifs du 112e RI le reçurent en juin 1915. Mais même avant cette date on les voit fêter Pessa’h 5675 (mars 1915) à quelques kilomètres des lignes ennemies et célébrer le seder en présence du rabbin Raoul Hirschler, l’aumônier israélite du 15e corps d’armée dont dépendait le régiment. L’agent de liaison Roger Rebstock, sans doute le plus religieux du régiment, avait parcouru des kilomètres pour trouver et ramener trois coreligionnaires cantonnés dans un village voisin. Dans son carnet de route tenu tout au long de la guerre, il rappelle annuellement les fêtes de Kippour et de Pessa’h. Quant à respecter le shabbat, c’est bien entendu impossible, surtout dans les tranchées. Ce jour-là, on combattait, on tuait, on mourait aussi. Sigmond Benovici, un Juif originaire de Roumanie, est mort le 3 juillet 1915, c’était shabbat.

- Ont-ils souffert de l’antisémitisme au sein du régiment ?

O. G. : On sait que les Juifs ont beaucoup souffert de l’affaire Dreyfus ; et dans l’armée, ils ont eu bien mauvaise presse. Durant le premier conflit mondial, les Provençaux seront stigmatisés dès août 1914 et vus comme de mauvais Français tout au long du conflit. Et lorsque l’on s’interroge sur les Juifs durant la Première Guerre mondiale, on ne peut manquer de penser à leur condition durant le conflit suivant. Mais il n’y a rien de comparable ! Au cours de la Grande Guerre, les soldats français de confession israélite se sont comportés et sont morts comme leurs compatriotes des autres cultes ; les premiers étaient tout autant Français que les seconds et partageaient communément le même sort. En face, les Allemands ne voyaient que de simples combattants ennemis d’un pays ennemi au leur. Toute autre sera la donne avec le conflit suivant où les Juifs seront visés en tant que tels et la politique conduite par les nazis, relayée en France par les lois de Vichy, aboutira au projet de leur extermination. Pour répondre exactement à votre question, je n’ai pas trouvé d’antisémitisme au sein du régiment durant la guerre, mais cela ne signifie pas qu’il n’a pas existé. J’ai eu la chance de trouver le carnet de guerre de Lionel des Rieux, un proche de Charles Maurras. À un moment donné, des Rieux croise le général juif Jules Heymann et relate cette rencontre. Il n’y écrit rien de désagréable à son sujet alors qu’il aurait pu le faire, un carnet étant la propriété intime de son auteur. Mais l’antisémitisme n'y transparaît tout simplement pas. L’union sacrée a réellement joué durant la guerre.

- Se sentaient-ils Français avant tout ?

O. G. : Leur façon de raisonner serait elle différente parce que Juifs ? Je ne le crois pas. S’ils sont Juifs, ils se considèrent avant tout comme Français ; et par ailleurs, la plupart étaient complètement détachés des pratiques du judaïsme. Abraham Ascoli, par exemple, professeur de littérature française, occupant la chaire Victor Hugo à la Sorbonne entre les deux-guerres se sentait pleinement Français avant d’être Juif ! Seules les lois raciales de Vichy lui feront prendre pleinement conscience de sa condition juive. Même les plus religieux, et je pense ici à Roger Rebstock, se sentaient Français avant d’être Juifs. Toutefois, l’un n’empêche pas l’autre, et si l’on était Français, on se sentait Juif quand même car ils tenaient malgré tout à prouver à leurs détracteurs qu’ils étaient de « vrais Français », attitude que les antisémites leur reprochaient avant-guerre. Un de ces soldats écrira dans son carnet : « Notre régiment compte nombre de coreligionnaires cités à l’ordre pour faits de guerre ce qui rehausse beaucoup notre renommée ».

L'interview se trouve sur le site à cette page.

17 septembre 2014

Interviewé par Radio chalom nitsan

Chroniqueur littéraire de Radio chalom nitsan, la radio juive de Nice, Jean-Jacques Biton m'avait interviewé le lundi 11 août à propos de mon livre Les poilus juifs d'un régiment provençal. L'entretien a été diffusé ce matin à 9h35.

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Vous pouvez écouter et podcaster cette chronique à cette adresse.

15 septembre 2014

Le centenaire de la Grande Guerre aux archives municipales de Nice

Du 29 septembre 2014 au 20 février 2015, les archives municipales présentent une exposition consacrée à la Grande Guerre dans notre ville.

Programme

 Le mardi 11 novembre, je participerai à l'atelier "Autour de Jules Belleudy" en intervenant à propos de mon livre Un officier du 15e corps. Carnets de route et lettres de guerre de Marcel Rostin (1914-1916), ouvrage qui présente et donne le témoignage de guerre de cet officier conservé dans le fonds Belleudy.

Programmedt

11 septembre 2014

Actualité juive n° 1313

À la page 38 du numéro d'Actualié juive paru ce jour, un article de Jean-Jacques Biton signale la parution de mon livre

Actualité juive 1313 du 11 septembre

11 août 2014

Recension sur le site Ashdod café

Le responsable Culture du site Ashdod café, pour les francophones d'Ashdod en Israël, présente mon livre dans les pages culturelles. Voici son texte : 

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Les poilus juifs d’un régiment provençal. Le 112e d’infanterie dans la Grande Guerre
. Olivier Gaget, éditions Publibook, Paris, 2014, 286 p, (nombreux tableaux, graphiques, illustrations), 28 €.

Centenaire de la Grande Guerre oblige, les publications comme les émissions radiophoniques ou télévisuelles ne manquent pas. Sur la toile, les sites sont …légion. Et c’est tant mieux !
Au-delà de la part commémorative et circonstancielle, il est bon de revenir sur cette page d’Histoire.
Olivier Gaget l’a fait mais en choisissant de mettre en relief les poilus juifs d’un régiment provençal : le 112e régiment d’infanterie de Toulon.
Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une dimension communautariste dans l’approche de cette étude. Et si tel était le cas, cela permettrait de mettre au jour et de donner en quelque sorte la parole à ces nombreux anonymes, soldats de la Grande Guerre.

Les Juifs dans la Grande guerre CNRS

Sur ces combattants israélites ou juifs de la Grande Guerre, les études récentes ne sont pas nombreuses. Et Pourtant !
Il est justice, ici, de saluer l’excellente étude de Philippe Landau et ses nombreux articles consacrés aux soldats juifs dans la Grande Guerre.D’autres études, bien plus anciennes, ont abordé le sujet. Mais l’étude historique d’Olivier Gaget a l’immense mérite de nous plonger au cœur d’une unité en quelque sorte au profil singulier : le 112e régiment d’infanterie constitué de Provençaux, de Juifs provençaux, et de Juifs provenant d’Algérie ou d’Europe de l’Est.

Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir qu’une bonne partie de ces poilus juifs étaient originaires d’Algérie et que ses trois départements étaient représentés à part égale !

Avant-guerre, les Juifs ont eu mauvaise presse dans l’armée ; il s’agissait pour eux d’une réelle attitude antisémite suite à l’affaire Dreyfus. Durant le premier conflit mondial, les Provençaux seront stigmatisés dès août 1914 et vus comme de mauvais Français tout au long du conflit. L’auteur nous rappelle ces faits.
Indiquons que, dans ce régiment en guerre, se trouvait Maurice Bokanowski, futur ministre de la République, et que René Cassin, l’un des premiers compagnons du général de Gaulle à Londres et futur rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, y a fait son service militaire avant-guerre. Excusez du peu !
L’aspect technique et statistique nous permet de mieux connaître les recrues de ce régiment. Leur niveau d’études, leur profession, leur origine géographique, leur taille, leur grade… Bref, une sorte de radioscopie de ces poilus.

Le quotidien, l’épaisseur du quotidien est abordée par l’auteur. Et bien entendu, la dimension religieuse n’est pas oubliée. Comment ces poilus juifs ont vécu leur judaïsme au front ? L’un des carnets de route récoltés par Olivier Gaget nous montre ces soldats attablés pour les fêtes de Pessa’h.
Croix de bois
L’auteur étudie la majeure partie de ces soldats dès le bureau de recrutement, avec sa fiche matricule, et poursuit jusqu’après la guerre…pour ceux qui ont pu en revenir. Grâce à l’auteur, nous apprenons que certains soldats juifs dorment de leur dernier sommeil sous des croix. Comment, dès lors, ne pas penser au roman de Roland Dorgelès « Les croix de bois » ?

Très heureusement, les journaux de marche des unités, les carnets de route, les courriers de certains de ces hommes donnent de la « chair » et de la vie à l’extrême rudesse des combats.
Les papiers de Maurice Bertman, Maurice Bokanowski et ceux de Roger Rebstock surtout nous permettent de changer de points de vue, de varier la « focale » et d’être au plus près de ces hommes.
C’est un beau travail que vient de nous livrer Olivier Gaget.
Parions que d’ici 1918, d’autres travaux de cette valeur viendront enrichir nos connaissances sur ces poilus de la Grande Guerre. 


Norbert Bel Ange
Échirolles, le lundi 28 avril 2014 

Retrouvez sa recension sur cette page. 

3 juillet 2014

Un article à paraître dans Nice Historique

Dans l'introduction de mon livre Les poilus juifs d'un régiment provençal, j'explique comment et pourquoi je me suis intéressé aux soldats juifs du 112e d'infanterie. J'indique qu'"habitant Nice, j’aurais pu me consacrer aux dix-huit combattants niçois dont les noms sont gravés sur une plaque commémorative inaugurée le 11 novembre 1923 à l’intérieur de la grande synagogue". J'aurais pu en effet m'y consacrer !
Ce
tte phrase ne me laissa pas indifférent. Aussi, lorsque Monsieur Malausséna, le directeur de la revue Nice Historiquem'a proposé aujourd'hui de collaborer pour un prochain numéro sur la Grande Guerre, je n'ai guère hésité longtemps et ai choisi tout naturellement d'écrire sur ce thème.
Cet article doit paraître courant 2015.

29 juin 2014

Double page dans Nice-Matin/Var-Matin

L'entretien que j'ai eu à Nice-Matin/Var-Matin le 7 mai se concrétise aujourd'hui avec un très bel article de Véronique Georges dans cette magnifique double-page parue dans le cahier "l'Histoire" du quotidien.

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