"Quatorze ou la bataille de Morhange" : le copié-collé de M. Rodhain sur A. Bellard
À la page 5 de son roman historique Quatorze ou la bataille de Morhange, publié en 2001 à compte d’auteur, Michel Rodhain prévient : « Les noms de certains personnages cités dans ce livre sont imaginaires et, en ce qui les concerne, toute ressemblance avec des personnes vivantes ou décédées ne serait que le fait du hasard. » Nous allons voir dans cette chronique que tel n’est pas le cas : il y a bien ressemblance avec des personnes décédées et n'est nullement le fait du hasard.
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De passage en Lorraine avec un couple d'amis pour une semaine de visites sur les champs de bataille de Verdun en septembre 2006 - il y a donc vingt ans ces jours-ci -, je profitai d'une fin d'après-midi pour filer à Novéant-sur-Moselle où une soirée conférence était dédiée à André Bellard (1890-1969), enfant du pays.
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Bien que Sarthois de naissance, André Bellard est d’origine lorraine par sa mère. Né dans la Sarthe d’un père adjudant au Prytanée national militaire de La Flèche – établissement d'enseignement secondaire et préparatoire aux grandes écoles militaires – Firmin François André Bellard a été incorporé au 69e RI de Nancy en octobre 1912.
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Dix ans après le conflit, il a raconté son expérience du feu dans un témoignage de très bonne qualité : De Nancy à Nancy via Morhange et Vitrimont, sorti des presses de l'Imprimerie lorraine en 1929.
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Pas besoin d'identifier ici le capitaine X, le bois Y ou la ville Z, André Bellard donne de véritables noms ; il l’écrit d’ailleurs en page VII : « Rien n’est imaginé dans ces pages, pas même les noms des combattants ».
Nous parlerons donc plutôt de son influence sur Quatorze ou la bataille de Morhange. Et encore ! lorsque je dis influence, je devrais presque écrire plagiat.
Parmi les panneaux explicatifs sur la guerre en général et en Lorraine en particulier qui foisonnaient dans le centre socio-culturel de Novéant, deux exemplaires du livre d’André Bellard trônaient sous vitrine.
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Après la projection d'un film de Jean-François Genêt, discussions autour des invités. Ce soir-là, nous avons échangé avec l'un des fils d'André Bellard ; avec Jacques Didier, le spécialiste de la Lorraine dont j’ai rappelé le souvenir à propos du livre de Montoby ; le général de gendarmerie (CR) Jean-Claude Laparra ; et Michel Rodhain (ci-dessous), auteur régional à qui j'avais acheté quelques semaines auparavant son roman historique, envoyé avec une dédicace.
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Au fils Bellard, je fis remarquer que j'avais traversé la France de bas en haut pour voir cette exposition sur son père, ce qui était exagéré. Avec malice il me répondit qu'il l'avait parcourue d'ouest en est depuis la Bretagne, ce qui était vrai.
Quatorze ou la bataille de Morhange est un roman de 280 pages qui rapporte, jour par jour, les souvenirs de Marius Niclot, depuis la mobilisation jusqu'à sa blessure le 25 août 1914, tels qu'ils furent confiés à l'auteur en 1990. Natif de Marseille et quasi centenaire, il avait servi comme soldat au 69e RI, vraisemblablement au 3e bataillon.
L'usage intempestif du mot « Chleuh » (p. 45, 67, 91, 110, 116, etc.), mis dans la bouche d'un ancien poilu, m'avait agacé : manifestement, Rodhain se trompait de guerre.
Environ 20% du livre est consacré aux aventures amoureuses du narrateur, tiraillé entre Francine, sa fiancée, et Lucie, l'infirmière qui le soigne. Cette partie m'avait ennuyé. Mais c'est probablement ma faute : d'ordinaire je ne lis jamais de romans. Étais‑je trop pointilleux ?
Profitant de la présence de l'auteur à la conférence, je lui fis part de mes remarques, puis lui demandai quelles avaient été ses sources. Je savais qu'il avait recopié des extraits des Mémoires du maréchal Foch, qu'il nommait expressément. Mais je ne m'attendais pas à la révélation qu'il me fit alors : il me confia à demi‑mot avoir écrit son roman en se servant du livre d'André Bellard dont on honorait justement la mémoire, un témoin que cite néanmoins Rodhain dans sa bibliographie.
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Comme j'en ai fait la démonstration avec Montoby/Lœvenbruck, voici quelques exemples (André Bellard = AB / Michel Rodhain = MR. Le numéro de page suit les initiales) :
AB VI = MR 29 (épisode du Zeppelin et des avions en France)
AB 1 = MR 45 (sa permission de 12 jours)
AB 3 = MR 63 (épisode du bistro et du cinéma)
AB 11 = MR 101, 105
AB 13-14 = MR 110 et 114
AB 23-24 = MR 139-140 (citation de Couarails devant Morhange)
AB 42 = MR 166 (sergent Convart, mitrailleur du bataillon) ; MR 168 (collecte pour la soupe)
AB 46 = MR 174 (le curé de Moyenvic ; la quête pour nourrir le 4e BCP)
AB 52 = MR 186-187 (20 août, l’officier du 79e mort, son képi)
AB 54 = MR 189 (obus fusants)
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AB 65 = MR 205 (prisonniers faits par le 26e RI et félicitations de Joffre)
AB 66 = MR 206 (quatre Polonais dorment avec lui)
AB 76 = MR 210 (26 août, deux généraux blessés)
Etc.
L'abbé Martin, directeur des séminaristes se retrouve à la fois chez Bellard (p. 9) et chez Rodhain (p. 97).
Les sous-lieutenants saint-cyriens Pierre et Jean Kaufmant (ci-dessous) cités chez Bellard p. 11, deviennent les frères Calmier, également saint-cyriens (Rodhain, p. 101).
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Toutefois, le capitaine Noël, qui commande la 11e Cie de Bellard, se nomme Mangin dans le roman. Fernand Bordier, le premier mort de la Cie (p. 77), est Durieux dans Quatorze ou la bataille de Morhange (p.210).
Décidément, entre Lucien Montoby qui recopie Pierre Lœvenbruck et Michel Rodhain qui fait de même avec André Bellard, ce n'est pas le 69e qui est à la peine mais plutôt ceux prétendant le magnifier qui manquent d'inspiration.
Le témoignage d’André Bellard étant épuisé, le roman de Michel Rodhain a, malgré tout, le mérite d’en rapporter de larges extraits....mais sans le dire explicitement. Le lecteur jugera du procédé.